Ceci ne veut pas dire que le noir refuse son admiration—toute platonique—aux qualités que toutes les races humaines s'accordent à honorer, sinon à mettre en pratique. Il leur donne volontiers cette satisfaction dont se paie la vanité de bon nombre d'humains.

Ainsi le conte, et même la fable, honorent le respect de la parole donnée (Le roi et le lépreux)[135]. Ils flétrissent l'envie (Sambo et Dioummi,—Les deux Ntyi), l'avarice (Les deux Ntyi). Ils raillent les fanfaronnades des hâbleurs (V. Les six géants et leur mère,—La fanfaronnade,—Hâbleurs bambara,—A la recherche de son pareil, etc.) Ils conseillent la modération dans les ambitions et désirs de toute sorte. C'est ainsi que ceux qui prétendent trouver chez leur future épouse des qualités peu communes (ce que symbolise peut-être l'idée de la personne sans balafres se voient punis de leur excessive prétention) par les défauts moraux, contre-partie de la perfection physique (Voir tous les contes relatifs aux marques cicatricielles).

Note 135:[ (retour) ] Noter que ce respect ne va pas jusqu'à engendrer des actions dans le genre de celles de Régulus ou de Porcon de la Babinais, sauf peut-être dans le conte de Bérenger-Féraud (Les deux amis brouillés par leur maîtresse) qui rappelle dans sa dernière partie l'histoire de Damon et Pythias.

Les contes et fables blâment encore la goinfrerie et l'intempérance (V. L'ivresse de l'hyène, etc.). Ils prônent la discrétion, parfois même aux dépens de la franchise, car la vérité n'est pas toujours bonne à dire et mieux vaut la taire quand elle est trop désagréable à entendre. (V. Hammat et Mandiaye.) Ils montrent la complaisance et la courtoisie récompensées (Voir la femme fatale,—Hdi Diammaro, etc.).

De même ils sont sévères pour l'intempérance de langue (V. Le sounkala de Marama,—Orpheline de mère,—Hammat et Mandiaye,—Le canari merveilleux)[136], mais moins au point de vue moral qu'au point de vue pratique. Ici le noir raille plus qu'il ne morigène. On ne trouve pas chez le noir:

Ces haines vigoureuses

Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.

Note 136:[ (retour) ] V. B.-F.: L'ami indiscret; L'homme prudent en paroles.

Quant à la paresse, elle se voit excusée avec une indulgence amusée dès qu'elle se montre ingénieuse. Le lièvre, notamment, a toute la sympathie de l'auditeur des contes quand il trouve moyen de tirer profit du travail auquel il a refusé de participer (V. La case des animaux de brousse et Le forage du puits). NMolo bénéficie de la même indulgence quand il fait travailler à sa gerbe les petits palefreniers du fama Da Diâra.

Il reste encore à signaler le goût des noirs pour des paris dont l'enjeu est souvent leur propre vie (V. Guéhuel et damel,—La tête de mort,—Les bons coureurs,—Quels bons camarades!—Le bien qui vient en dormant).