Il lui demanda aussi pour quelle raison un homme aussi vieux que lui se trouvait seul dans cet affreux endroit car, d'après les apparences, il était le seul à y habiter.
«Sakaye Macina, lui répondit le vieux, c'est moi le gardien de cette maison. Ceux qui l'habitent sont des yébem, mangeurs d'hommes. Te voilà en leur pouvoir et tu ne leur échapperas pas! Leur père à tous t'a rencontré au marché: il t'a leurré de l'espoir de beaucoup d'or. Donc attends-toi à la mort car, dans un instant, tu auras cessé de vivre. On va te dévorer quand le yebem qui t'a attiré ici sera de retour. Et il ne saurait tarder!
—«Es-tu aussi un mangeur d'hommes? lui demanda Sakaye».
—«Moi? répondit le vieux, non pas!
«Je suis un yébem, mais pas un anthropophage. J'appartiens à une autre race que ceux-là, mais ils me contraignent à rester ici, par le pouvoir d'un grigri qui m'ôte l'usage de mes jambes; sans quoi je retournerais auprès des miens. Ils me forcent à me tenir devant leur case pour leur servir de gardien et il m'est impossible de me relever».
—«Eh bien, vieux! reprit Sakaye, où sont-ils en ce moment ces yébem propriétaires de la case et maîtres de tes jambes?
—«Ils sont à la chasse et en reviendront en même temps que leur père, celui que tu connais déjà».
—«Alors, personne dans la case maintenant?»
—«Personne, si ce n'est de jeunes yébem qui s'amusent à faire une partie de hin[145]».
Note 145:[ (retour) ] Le hin est le ouôri des Malinké. C'est un jeu qui se joue à deux avec de petits cailloux ou des billes de métal qu'on range dans douze trous (6 et 6) suivant des règles que je n'ai pu me faire expliquer clairement. Ces trous sont pratiqués dans un billot de bois ou simplement creusés dans la terre.