«—En ce cas j'y vais entrer et me cacher dans quelque grenier en attendant la nuit. A ce moment-là je m'échapperai».

—«Je t'en supplie n'y entre pas! Tu serais cause de ma perte car les yébem, à leur retour, me tueraient sans pitié sitôt qu'ils auraient senti l'odeur de chair humaine dans leur case.»

Sakaye qui savait que le guinné-aux-yeux-de-soleil ne pouvait rien contre lui, puisque le grigri l'empêchait de se mettre debout, entra précipitamment dans la case.

A la vue de l'intrus, les jeunes yébem qui étaient en train de jouer et s'étaient débarrassés de leurs ailes pour se mettre à l'aise, s'effrayèrent et sautèrent dans un grand trou qui s'ouvrait au milieu de l'aire de la case. Mais ils avaient eu le temps de reprendre leurs ailes. Seule, leur jeune soeur abandonna les siennes dans sa précipitation.

Quand elle se retrouva au milieu de ses frères ceux-ci lui dirent: «Petite! tu as laissé tes ailes là haut à la discrétion de l'intrus. Retourne les chercher, au risque même d'être capturée par lui. Tu dois tenter de les reprendre car il est sans exemple qu'une yébem ait laissé ses ailes entre des mains humaines.»

La jeune yébem, malgré sa frayeur, remonta dans la case et s'adressant à Sakaye: «Humain! lui dit-elle, je t'en prie, rends-moi mes ailes!»

—«Ce ne sera qu'à une condition, lui répondit le prince. Tu vas me transporter chez moi?»

—«Je te le promets!» affirma-t-elle.

Alors Sakaye lui rendit ses ailes et elle les fixa à leur place. Cela fait, elle mit le prince sur son dos et s'envola, si haut, si haut! que celui-ci ne pouvait plus apercevoir la terre.

Elle le déposa juste devant la porte de l'amirou[146] son père. Ensuite elle voulut s'en retourner mais Sakaye la retint de force. Il lui retira ses ailes[147] et alla les cacher dans le magasin de l'amirou. Puis, au bout de quelques jours, il la prit pour femme.