Par contre, les guinné se débarrassent fréquemment de leurs enfants mal venus en les substituant à des enfants d'hommes. Les Peuhl appellent ces enfants des batitâdo. Cette croyance était celle des anciens Bretons et des Allemands[93]. Le conte d'Ondine est inspiré par cette idée, puisqu'il s'agit de faire acquérir, par la petite créature des éléments, l'âme immortelle dont elle est dépourvue. Quand il arrive à des indigènes d'avoir des enfants retardés dans leur développement et qu'ils soupçonnent d'être fils de guinné, ils peuvent obliger leurs parents à les reprendre en les exposant dans de certaines conditions et en les adjurant de retourner avec ceux de leur race. Le procédé breton et alllemand consiste à les obliger à parler de façon à se trahir par le timbre grêle de leurs voix puis à les fouetter jusqu'à ce que les korrigans ou Wichtelmoenner, leurs parents, accourent les reprendre[94].

Note 93:[ (retour) ] Voir Grimm et La Villemarqué: Barsaz-Brez.

Note 94:[ (retour) ] Voir Die Wichlelmoenner et l'Enfant supposé (Barsaz-Breiz).

La durée de la vie des guinné n'est pas indéfinie, leur existence est longue et leur croissance lente et dès qu'ils ont atteint un âge avancé ils meurent pour recommencer à vivre.

Quant aux konkoma ce sont, dit la tradition, des porcs épics qui renaissent dans les mêmes conditions.

Outre les génies de différentes sortes que nous venons de passer en revue et les hommes de toutes professions, y compris celles de voleur, de griot, d'apiculteur et d'éleveur de poules, les personnages ci-après jouent leur rôle dans les contes: goules, vampires, sorciers et contre-sorciers, végétaux, minéraux, objets divers et abstractions variées: la faim, la mort, le mensonge et la vérité, etc, etc.

Après avoir examiné rapidement ces divers personnages, j'étudierai aussi brièvement que possible les talismans, remèdes merveilleux, armes magiques et tous objets qui, sans être, à proprement parler, des talismans, présenteront un caractère surnaturel.

Goules: Ybilis déterreur et mangeur de cadavres est une véritable goule (V. Flûte d'Ybilis).

Vampires: Dans le conte peuhl: «Les mots magiques» il est parlé d'une soukoun âdio». Cette soukounâdio est le vampire suceur de sang. V. aussi La mangeuse de ses clients (conte kâdo) et Le vampire.

Sorciers: Les sorciers jouent dans les contes un rôle assez fréquent. V. la tâloguina,—La sorcière punie,—Le chien sorcier[95],—L'almamy caïman,—Le chat guinné de Saint-Louis (Ce dernier est plutôt une sorte de loup-garou comme le sont les sorciers dont parle Samba Atta Dabo dans L'ensorcelée de Thiévaly), les caïmans du Milo (Fadôro) etc. Contre cette engeance malfaisante il y a un remède. Lorsqu'ils se sont dépouillés de leur peau pour aller rôder dans la nuit sous une autre forme que leur forme naturelle, il faut saupoudrer la face interne de cette peau soit avec du sel soit avec du piment. Les sorciers sont alors à votre merci[96].