A gdy uśmiech łzę pokryje,
I dla ciebie serce bije:
To cię dojmie tak do żywa,
Iż to cudne, cudne dziwa,
Że się serce nie rozplynie,
Że od szczęścia człek nie zginie!
Zda sie, że to żyjesz społem
Z rajskiém dzieckiém, czy z aniołem.
Lecz to szczęście nie tak tanie,
Przeboleje dusza młoda;
Jednak lat i łez nie szkoda,
Boć raz w życiu to kochanie!
A jak ci się która poda,
Z całej duszy i statecznie,
To już twoją będzie wiecznie,
I w ład pójdzie ci z nią życie,
Bo twéj duszy nie wyziębi.
Ona sercem pojmie skrycie,
Co myśl wieku dżwiga w gtębi;
Co się w czasie zrywa, waży,
To w rumieńcu na jéj twarzy,
Jak w zwierciedle sie odbije,
Bo w tém łonie przyszłość żyje!

[17] Le Nocturne en mi mineur (œuvre 72) nous rend quelque chose des impressions subtiles, raffinées, alambiquées, que Chopin reproduisait avec une sorte de prédilection passionnée. Nous ne nous refusons pas le plaisir de faire connaître à celles qui les comprendront, les vers que ce morceau inspira à la belle Csse Cielecka, née Csse Bnińska:

Kolysze zwolna, jakby falą morza,
Nóty dzwięcznemi, pelnemi uroku.
Rozjaśnia blaskiem jakby życia zorza,
Którą witamy czasem ze łzą w oku.
Dalej uderza nas walki przeczucie;
Ton coraz glośniéj rozlega się w górę.
Pelen, ponury, objawia w swéj nócie
Światlośé ukrytą za posępną chmurę.
Stróny tak silne, jakby kute w stali,
Żalosnym jękiem, w duszy naszej dzwonią:
Mówią o bòlu, co nam serce pali,
Lecz co zostawia duszę nieskażoną!...
Póżniéj, podobny do woni wspomnienia
Znów zakolysac czasem nas powraca.
Z urokiem igra; kolyszac cierpienia,
Swoim promykiem jeszcze nas ozlaca.
Nareszcie, jako cicha na dnie woda,
Spokój glęboki z nurt toni się wznosi,
Jak serce, które o nic już nie prosi,
Lecz kwiatów życia, szkoda... mówi... szkoda!...

[18] Le Polonais conserve dans son formulaire de politesse une forte empreinte des habitudes hyperboliques du langage oriental. Les titres de très puissant et très éclairé Seigneur, (Jasnie Wielmożny, Jasnie Oswiecony Pan), sont encore de rigueur. On se donne constamment dans la conversation celui de Bienfaiteur (Dobrodzij), et le salut d'usage entre hommes ou d'homme à femme est: je tombe à vos pieds (padam do nóg). Celui du peuple est d'une solennité et d'une simplicité antiques: Gloire à Dieu (Slawa Bohu).

[19] Heine, Salon. Chopin.

[20] Sur Paganini, après sa mort.

[21] Mme Sand. Lucrezia Floriani.

[22] L'auteur de Julie et Adolphe (roman imité de la Nouvelle Héloise et qui eut beaucoup de vogue à sa publication), le général K. qui, âgé de plus de quatre-vingts ans, vivait encore dans une campagne du gouvernement de la Volhynie à l'époque de notre séjour dans ces contrées, avait fait, conformément à la coutume dont nous parlons, construire son cercueil qui, depuis trente ans, était toujours posé à côté de la porte de sa chambre.

[23] On ne saurait reprocher au polonais de manquer d'harmonie et d'être dépourvu d'attrait musical. Ce n'est pas la fréquence des consonnes qui constitue toujours et absolument la dureté d'une langue, mais le mode de leur association; on pourrait même dire que quelques-unes n'ont un coloris terne et froid, que par l'absence de sons bien déterminés et fortement marqués. C'est la rencontre désagréable et disharmonieuse de consonnes hétérogènes, qui blesse péniblement les habitudes d'une oreille délicate et cultivée; c'est le retour répété de certaines consonnes bien accouplées qui ombre, rhythme le langage, lui donne de la vigueur, la prépondérance des voyelles ne produisant qu'une sorte de teinte claire et pâle qui demande à être relevée par des rembrunissements. Les langues slaves emploient, il est vrai, beaucoup de consonnes, mais en général avec des rapprochements sonores, quelquefois flatteurs à l'ouïe, presque jamais tout à fait discordants, même alors qu'il sont plus frappants que mélodieux. La qualité de leurs sons est riche, pleine et très nuancée; ils ne restent point resserrés dans une sorte de médium étroit, mais s'étendent dans un registre considérable par la variété des intonations qu'on leur applique, tantôt basses, tantôt hautes. Plus on avance vers l'orient, et plus ce trait philologique s'accentue; on le rencontre dans les langues sémitiques: en chinois, le même mot prend un sens totalement différent, selon le diapason sur lequel on le prononce. Le Ł slave, cette lettre presque impossible à prononcer à ceux qui ne l'ont pas appris dès leur enfance, n'a rien de sec. Elle donne à l'ouïe l'impression que produit sur nos doigts un épais velours de laine, rude et souple à la fois. La réunion des consonnes clapotantes étant rare en polonais, les assonances très aisément multipliées, cette comparaison pourrait s'appliquer à l'ensemble de l'effet qu'il produit sur l'oreille des étrangers. On y rencontre beaucoup de mots imitant le bruit propre aux objets qu'ils désignent. Les répétitions réitérées du ch (h aspiré), du sz (ch en français), du rz, du cz, si effrayants à un œil profane et dont le timbre n'a pour la plupart rien de barbare, (ils se prononcent à peu près comme geai et tche), facilitent ces minologies. Le mot dzwięk, son, (lisez dzwienque), en offre un exemple assez caractéristique; il paraîtrait difficile de mieux reproduire la sensation que la résonance d'un diapason fait éprouver à l'oreille.—Entre les consonnes accumulées dans des groupes qui produisent des tons très divers, tantôt métalliques, tantôt bourdonnants, sifflants ou grondants, il s'entremêle des diphthongues nombreuses et des voyelles qui deviennent souvent quelque peu nasales, l'a et l'e étant prononcés comme on et in lorsqu'ils sont accompagnés d'une cédille: ą, ę. À côté du c (tse) qu'on dit avec une grande mollesse, quelquefois ć (tsic), le s accentué, ś, est presque gazouillé. Le z a trois sons; on croirait l'accord d'un ton. Le ż (iais), le z (zed) et le ź (zied). L'y forme une voyelle d'un son étouffé, eu, que nous ne saurions pas plus reproduire en français que celui du ł; aussi bien que lui, elle donne un chatoyant ineffable à la langue.—Ces éléments fins et déliés permettent aux femmes de prendre dans leurs discours un accent chantant ou traînant, qu'elles transportent d'ordinaire aux autres langues, où le charme, devenant défaut, déroute au lieu de plaire. Que de choses, que de personnes qui, à peine transportées dans un milieu dont l'air ambiant, le courant de pensées diverses, ne comportent pas un genre de grâce, d'expression, d'attrait, ce qui en elles était fascinant et irrésistible devient choquant et agaçant, uniquement parce que ces mêmes séductions sont placées sous le rayon d'un autre éclairage; parce que les ombres y perdant leurs profondeurs, les reflets lumineux n'ont plus leur éclat et leurs signifiances. En parlant leur langue, les Polonaises ont encore l'habitude de faire succéder à des espèces de récitatifs et de thrénodies improvisées, lorsque les sujets qui les occupent sont sérieux et mélancoliques, un petit parler gras et zézayant comme celui des enfants. Est-ce pour garder et manifester les privilèges de leur suzeraineté féminine, au moment même où elles ont condescendu à être graves comme des sénateurs, de bon conseil comme le ministre d'un règne précédent et sage, profondes comme un vieux théologien, subtiles comme un métaphysicien allemand? Mais, pour peu que la Polonaise soit en veine de gaieté, en train de laisser luire les feux de ses charmes, de laisser s'exhaler les parfums de son esprit, comme la fleur qui penche son calice sous le chaud rayon d'un soleil de printemps pour répandre dans les airs ses senteurs, on dirait son âme que tout mortel voudrait aspirer et imboire comme une bouffée de félicité arrivée des régions du paradis... elle ne semble plus se donner la peine d'articuler ses mots, comme les humbles habitants de cette vallée de larmes. Elle se met à rossignoler; les phrases deviennent des roulades qui montent aux plus haut de la gamme d'un soprano enchanteur, ou bien les périodes se balancent en trilles qu'on dirait le tremblement d'une goutte de rosée; triomphes charmants, hésitation plus charmantes encore, entrecoupées de petits rires perlés, de petits cris interjectifs! Puis viennent de petits points d'orgues dans les notes sublimes du registre de la voix, lesquels descendent rapidement par on ne sait quelle succession chromatique de demi-tons et quarts de ton, pour s'arrêter sur une note grave et poursuivre des modulations infinies, brusqués, originales, qui dépaysent l'oreille inaccoutumée à ce gentil ramage, qu'une légère teinte d'ironie revêt par moments d'un faux-air de moquerie narquoise particulier au chant de certains oiseaux. Comme les Vénitiennes, les Polonaises aiment à zinzibuler et, des diastèmes piquants, des azophies imprévues, des nuances charmantes, se trouvent tout naturellement mêlés à cette caqueterie mignonne qui fait tomber les paroles de leurs lèvres, tantôt comme une poignée de perles qui s'éparpillent et résonnent sur une vasque d'argent, tantôt comme des étincelles qu'elles regardent curieusement briller et s'éteindre, à moins que l'une d'elles n'aille s'ensevelir dans un cœur qu'elle peut dévorer et dessécher s'il ne possède point le secret de la réaction; qu'elle peut allumer comme une haute flamme d'héroïsme et de gloire, comme un phare bienfaisant dans les tempêtes de la vie. En tout cas, quelqu'emploi qu'elles en fassent, la langue polonaise est dans la bouche des femmes bien plus douce et plus caressante que dans celle des hommes.—Quand eux ils se piquent de la parler avec élégance, ils lui impriment une sonorité mâle qui semble pouvoir s'adapter très énergiquement aux mouvements de l'éloquence, autrefois si cultivée en Pologne. La poésie puise dans ces matériaux si nombreux et variés, une diversité de rhythmes et de prosodies; une abondance de rimes et de consonances, qui lui rendent possible de suivre, musicalement en quelque sorte, le coloris des sentiments et des scènes qu'elle dépeint, non seulement en courtes onomatopées, mais durant de longues tirades.—On a comparé avec raison l'analogie du polonais et du russe, à celle qui existe entre le latin et l'italien. En effet, la langue russe est plus mélismatique, plus alanguie, plus soupirée. Son cadencement est particulièrement approprié au chant, si bien que ses belles poésies, celles de Zukowski et de Pouschkine, paraissent renfermer une mélodie toute dessinée par le mètre des vers. Il semble qu'on n'ait qu'à dégager un arioso ou un doux cantabile de certaines stances, telles que le Châle noir, le Talismann, et bien d'autres.—L'ancien slavon, qui est la langue de l'Église d'Orient, a un tout autre caractère. Une grande majesté y prédomine; plus gutturale que les autres idiomes qui en découlent, elle est sévère et monotone avec grandeur, comme les peintures byzantines conservées dans le culte auquel elle est incorporée. Elle a bien la physionomie d'une langue sacrée qui n'a servi qu'à un seul sentiment, qui n'a point été modulée, façonnée, énervée, par de profanes passions, ni aplatie et réduite à de mesquines proportions par de vulgaires besoins.

[24] Lucrezia Floriani.