—Pourquoi pas? Allons y faire une promenade..... Voyez: Robinson est occupé à se faire des habits pour se garantir du froid et de la pluie. Il regrette un peu le temps qu'il y consacre; car il faut manger aussi, et son jardin réclame tous ses soins. Mais voici qu'une pirogue aborde l'île. L'étranger qui en descend montre à Robinson des habits bien chauds et propose de les céder contre quelques légumes, en offrant de continuer à l'avenir ce marché. Robinson regarde d'abord si l'étranger est armé. Le voyant sans flèches ni tomahawk, il se dit: Après tout, il ne peut prétendre à rien que je n'y consente; examinons.—Il examine les habits, suppute le nombre d'heures qu'il mettrait à les faire lui-même, et le compare au nombre d'heures qu'il devrait ajouter à son travail horticole pour satisfaire l'étranger.—S'il trouve que l'échange, en le laissant tout aussi bien nourri et vêtu, met quelques-unes de ses heures en disponibilité, il accepte, sachant bien que ces heures disponibles sont un profit net, soit qu'il les emploie au travail ou au repos.—Si, au contraire, il croit le marché désavantageux, il le refuse. Qu'est-il besoin, en ce cas, qu'une force extérieure le lui interdise? Il sait se l'interdire lui-même.
Revenant au traité de Méthuen, je dis: La nation portugaise ne prend aux Anglais du drap contre du vin que parce qu'une quantité donnée de travail lui donne en définitive, par ce procédé, plus de vin à la fois et plus de drap. Après tout, elle échange parce qu'elle veut échanger. Il n'était pas besoin d'un traité pour l'y décider. Remarquez même qu'un traité, dans le sens de l'échange, ne peut être que la destruction de conventions contraires; si bien que, lorsqu'il arrive à stipuler le libre-échange, il ne stipule plus rien du tout. Il se borne à laisser les parties stipuler pour elles-mêmes.—Le traité de Méthuen ne dit pas: Les Portugais seront forcés de donner du vin pour du drap. Il dit: Les Portugais prendront du drap contre du vin, s'ils veulent.
—..... Ah! ah! ah! Vous ne savez pas?
—Pas encore.
—Je suis allé tout seul à l'île du Désespoir. Robinson est ruiné.
—En êtes-vous bien sûr?
—Il est ruiné, vous dis-je.
—Et depuis quand?
—Depuis qu'il donne des légumes contre des vêtements.
—Et pourquoi continue-t-il?