—Ne savez-vous pas l'arrangement qu'il fit autrefois avec l'insulaire du voisinage?

—Cet arrangement lui permet de prendre des habits contre des légumes, mais ne l'y force pas.

—Sans doute, mais ce coquin d'insulaire a tant de peaux à sa disposition, il est si habile à les préparer et à les coudre, en un mot, il donne tant d'habits pour si peu de légumes, que Robinson ne résiste pas à la tentation. Il est bien malheureux de n'avoir pas au-dessus de lui un état qui dirigerait sa conduite.

—Que pourrait faire l'État en cette occurrence?

—Prohiber l'échange.

—En ce cas, Robinson ferait ses vêtements comme autrefois. Qui l'en empêche, si c'est son avantage?

—Il a essayé; mais il ne peut les faire aussi vite qu'il fait les légumes qu'on lui demande en retour. Et voilà pourquoi il persiste à échanger. Vraiment, à défaut d'un État, qui n'a pas besoin de raisonner lui, et procède par voie d'injonctions, ne pourrions-nous pas envoyer au pauvre Robinson un numéro du Moniteur industriel pour lui ouvrir les yeux?

—Mais d'après ce que vous me dites, il doit être plus riche qu'avant.

—Ne pouvez-vous comprendre que l'insulaire offre une quantité toujours plus grande de vêtements contre une quantité de légumes qui reste la même?

—C'est pour cela que l'affaire devient toujours meilleure pour Robinson.