Solange parut étonnée.
« Oui, continua très vite Clémence, qui affectait l’aisance, il faut que nous fassions une course avant d’aller aux Champs-Elysées… »
Solange avait coutume d’obéir à sa mère, qui lui avait dit d’obéir à Clémence. Elle ne protesta pas. Le trajet, compliqué de plusieurs changements, fut long. Enfin elles se retrouvèrent à la surface du sol, mais dans une région de Paris dont l’aspect surprit Solange. Jamais encore elle n’avait vu des rues si sales, des maisons si sordides, ni tant de terrains vagues. Elle se tournait les pieds sur les pavés ravinés, des odeurs la suffoquaient et elle remarqua que tous les gens qu’elle voyait avaient l’air pauvres.
— C’est chez ma sœur que nous allons, dit tout à coup Clémence.
La sœur de Clémence habitait au rez-de-chaussée au fond d’une cour étroite. Un ruisseau azuré indiquait qu’on faisait là de la teinturerie.
Dans une vaste pièce nue, qui sentait la lessive et le graillon, Clémence, suivie de Solange, entra. Une femme en camisole repassait.
Clémence tomba dans ses bras en l’appelant Fernande, puis demanda anxieusement :
— Et Léon, il est là ?
— Pas encore, dit Fernande. Il va arriver. Alors tu as tout de même pu venir ?
— Oui ! tant pis ! Tu penses que j’ai pas vu Léon depuis des mois… je ne pouvais pas manquer sa permission…