— Et ta patronne a bien voulu ?…

— Avec la petite ? Tu es folle ! J’espère bien qu’elle n’en saura rien… Ça en ferait une histoire, j’en ai froid dans le dos… Dame, des places comme ça, on n’en trouve pas, et faut que j’aie des économies pour quand nous nous marierons nous deux Léon… Alors, en revenant, je demanderai à la petite de ne rien dire. Elle n’est pas méchante, autant que j’aie pu juger, seulement un peu pimbêche comme sa mère, mais c’est son éducation qui veut ça.

Appelant Solange elle la fit asseoir.

A ce moment un soldat entra dans la cour.

— Léon ! cria Clémence en se précipitant.

Sa sœur la suivit et, après les premières effusions, les deux femmes conduisirent le soldat dans une pièce voisine ; elles servirent du vin et des biscuits et tous trois se mirent à bavarder.

Dans la grande chambre, Solange, seule, restait immobile sur sa chaise, droite et se tenant bien. Tout d’abord elle ne prit pas garde à de petites têtes ébouriffées paraissant à une porte qui s’entre-bâillait. La porte s’ouvrit tout à fait sur un enclos hideux, tout parsemé de débris sans nom, et que bordaient des masures disjointes. Dépenaillés, des gamins et des gamines, un à un, se glissèrent dans la pièce et entourèrent Solange avec une curiosité qui s’enhardissait.

— Mince de chic ! prononça tout à coup un gamin roux qui était en face d’elle. — C’est-y qu’elle est empaillée ? ajouta-t-il, en portant la main sur l’épaule de la petite fille.


Quand le soldat dut partir, les deux femmes le conduisirent jusque dans la rue, puis Clémence revint vers le rez-de-chaussée afin de chercher Solange qu’elle avait, depuis un temps assez long, parfaitement oubliée.