La grande pièce était vide.
— Où est-elle ! Mon Dieu, mon Dieu, où est-elle ? cria Clémence.
Elle ouvrit la porte du fond. Des rafales de hurlements, un tumulte de bataille, emplissaient l’enclos sordide. Clémence jeta un cri et s’élança. Elle avait vu Solange.
Solange, ligotée des pieds à la tête dans les débris d’un sac à charbon, son chapeau de travers et aplati, ses beaux cheveux pendants, tout souillés de fange et tout pleins de brindilles, était à mi-hauteur d’une échelle chancelante, aux mains de six garnements qui la montaient sur le toit vermoulu d’une des masures, pendant qu’une autre bande, s’élançant à l’assaut, tentait de s’emparer d’elle. La petite fille avait la bouche ouverte et sans doute criait, mais sa clameur se perdait dans l’ensemble des hurlements.
Clémence s’élança et arriva à temps pour soutenir dans ses bras Solange que ses ravisseurs laissaient échapper. Elle l’emporta dans la maison.
Après trois quarts d’heure de soins diligents, Clémence et sa sœur eurent rendu à la petite fille un aspect suffisamment présentable.
— La voilà tout de même à peu près propre, dit Fernande en regardant Solange qui s’était laissé faire sans mot dire.
Clémence secoua la tête et, à demi-voix :
— Oui, mais j’y perds ma place. Comment veux-tu que je l’empêche de se plaindre à sa mère ?… Elle a été battue comme plâtre, cette petite… Et elle n’est pas habituée à ça…
Une demi-heure plus tard, à la nuit tombante, la bonne et la petite fille arrivaient à l’hôtel de Mme de Bauchamp. Clémence observait l’enfant silencieuse et n’osait même lui recommander la discrétion.