— Non, je ne trouve pas, dit Édouard en hésitant.
— Si ! si ! Je suis laide ! Et puis mal mise ! Et puis pauvre ! Mais ça m’est égal ! cria Irma en tapant du pied.
Le jour suivant, pourtant, elle apparut avec une tentative de frange sur son petit front bombé et elle avait mis son corsage des dimanches. Édouard ne s’en aperçut pas. Il semblait animé.
— J’ai eu une idée, expliqua-t-il. Je vais demander à grand’mère de donner de l’argent à votre mère pour que vous veniez jouer avec moi…
Il s’interrompit. Irma, pourpre et les larmes aux yeux, s’était retirée de la fenêtre. Elle était blessée profondément sans bien savoir pourquoi. Pourtant elle ne put longtemps se défendre de reprendre cette conversation qui était devenue tout l’intérêt de sa misérable petite vie et qui se poursuivit tout un mois encore. Irma racontait ses occupations domestiques, ses courses dans les rues et les spectacles qu’elle y voyait. Édouard s’y intéressait vivement. Il n’avait, lui, rien à raconter, malgré les questions de la petite fille, mais il répétait qu’il s’ennuyait.
Un jour, de sa faible voix qui était résignée, il se plaignit :
— J’ai mal à la tête, Irma. J’ai plus mal que de coutume… Alors le médecin va venir… Je ne l’aime pas…
Plus pâle que d’ordinaire, il s’était accoudé à la barre d’appui.
— Vous n’allez pas être malade ? cria Irma bouleversée…
Mais le petit, appelé sans doute, quitta la fenêtre en la fermant.