A travers la table, M. Joudas lui tendit la lettre. Il y avait deux lignes. M. Alfred Joudas disait qu’il allait venir. C’était tout.

Mme Joudas ayant lu renvoya ses filles.

— Que comptes-tu faire ? demanda-t-elle sèchement à son mari lorsqu’ils furent seuls.

— Mais je ne sais pas… dit M. Joudas encore ahuri.

— Tu ne sais pas !… naturellement !… tu ne sais jamais rien !… Je suis là, heureusement. Examinons la situation, elle en vaut la peine, je pense ! Depuis combien de temps exactement ton frère est-il parti pour l’Amérique ?

— Je ne sais pas au juste… trente ans au moins…

— Combien de fois t’a-t-il écrit depuis ?

— Une dizaine de fois environ.

— Et chaque fois deux lignes pour dire qu’il allait bien… Et sans donner aucun détail sur ce qu’il faisait, sur sa vie, sur sa position… Le mystère est complet ! — dit Mme Joudas, tragique. — Maintenant il revient. Une question se pose : Est-il riche ?

M. Joudas eut un geste des bras pour dire qu’il ne pouvait pas savoir, mais Mme Joudas, de son poing robuste ébranla la table.