— J’ai beaucoup de patience, cria-t-elle, mais il ne faut pas qu’on m’en fasse trop ! Je ne tolérerai pas tes airs d’indifférence ! Tu as des devoirs envers ta famille, je pense ? envers moi qui méritais un peu mieux que d’être, toute ma vie, la femme d’un rond-de-cuir sans avenir ! envers tes filles qui n’ont pas un sou de dot ! Ton frère rentre, c’est notre seul espoir de ne plus croupir dans la misère, mais toi tu t’en moques !
— Je ne m’en moque pas, dit M. Joudas, abattu.
Et il ajouta :
« Alfred m’a assez négligé, en somme, et je ne tiens pas à l’accueillir…
— Tu es fou !
Mme Joudas avait bondi.
« Pour nous rendre odieux aux yeux de toute la ville ! Pour détruire notre unique espérance ! Ah ! par exemple !…
— Mais s’il tombe ici pour s’y installer et qu’il soit sans le sou ! gémit M. Joudas. Je ne peux pas le prendre à ma charge ! La vie est déjà si dure !… Et comment fera-t-on pour le renvoyer plus tard si on le reçoit trop bien ?… Il nous croira riches…
Mme Joudas d’un geste lui imposa le silence. Elle réfléchissait.
— On n’a pas idée d’avoir un frère comme ça ! dit-elle enfin à son mari avec irritation. Allons, voilà l’heure de ton bureau, file ! On a encore le temps d’y penser. Il ne va pas arriver ce soir…