— En es-tu sûr ?

Mme Joudas, d’une main vigoureuse, avait saisi le bras de son mari ; elle fixait sur lui des yeux étincelants.

« En es-tu sûr ? répéta-t-elle d’une voix basse et vibrante. Cela n’est jamais arrivé, n’est-ce pas, que des millionnaires reviennent en jouant la comédie de la pauvreté pour éprouver l’affection de leur famille ?… Je vois plus loin que toi, moi ! Mais l’égoïsme t’aveugle !…

— C’est un problème affolant, gémit M. Joudas.

Et tous deux restèrent muets, absorbés, angoissés, écoutant le bruit des pas, là-haut, dans la chambre du problème…

II

C’était un matin, une semaine plus tard. Après avoir, dès son lever et comme de coutume, parcouru la maison pour réveiller ses filles et houspiller la servante, Mme Joudas, en tenue d’intérieur, peignoir vert et pas de faux cheveux, revint dans la chambre à coucher où son mari, M. Octave Joudas, achevait de s’habiller.

Maigre et blafard, en bras de chemise et un peu grelottant, ses rares mèches grises encore ébouriffées, M. Joudas offrait un triste spectacle ; il tourna les yeux vers sa femme. Elle prit un temps et parla :

— Il faut en finir. Ce mystère me tue. Depuis que ton frère est tombé chez nous…

— Chut… prends garde qu’il n’entende…