— Il dort, je viens de m’arrêter à sa porte…
Mme Joudas avait pourtant baissé la voix. Elle continua :
« Cette situation ne peut se prolonger. Nous ne sommes pas plus avancés qu’au premier jour. Il est impossible de rien deviner… Mais l’argent file, file… c’en est fou… Nous dépensons le double pour les repas depuis qu’il est là. Ça ne peut pas durer. Nous sommes pauvres. Notre droit est de savoir à quoi nous en tenir… Si ton frère est sans le sou, nous ne pouvons l’héberger plus longtemps…
— C’est ce que j’ai toujours dit…
— Mais s’il est riche, on ne peut risquer de le mécontenter, de paraître durs, indifférents… Pourtant, il faut en finir. D’autant plus que, dans la ville, la nouvelle s’est répandue…
— Tout le monde est au courant, dit M. Joudas. Au bureau, mes collègues m’en ont parlé. Ils ont même organisé des paris… Duport tient ce qu’on veut contre l’hypothèse de mon frère millionnaire…
— C’est insultant…
— Non, au contraire, on nous montre plus de considération. Mon chef de bureau m’a dit de te rappeler le jour de sa femme…
— A t’entendre, on va demander la main de mes filles, à cause de la fortune supposée de leur oncle, ricana Mme Joudas. — Non, il faut en finir ! Voici mon plan : Paule et Christiane dînent ce soir chez leur ancienne maîtresse de pension… Profitons-en, faisons faire à ton frère Arthur un bon dîner avec du bon vin qu’on ne ménagera pas… et tu pourras adroitement le faire parler… Oh ! pas de grimaces !… j’ai autant de délicatesse que toi, j’imagine !… Il nous faut la vérité !