— Ça, murmura-t-elle, c’est pire que tout… Nous serons les parents pauvres…

L’ENFANT TROUVÉ

Dans une petite rue tranquille de la rive gauche, M. et Mme Peluche, depuis cinq ans qu’ils étaient mariés, tenaient un petit commerce de papeterie, auquel était annexé un cabinet de lecture, composé de quelques centaines de romans surannés que se repassait inlassablement une clientèle de vieilles demoiselles.

M. Peluche était un timide petit homme empressé et soumis, dont les joues étaient roses, la chevelure blonde, la moustache incolore et les yeux faibles. Mme Peluche était une jolie petite femme brune, délicate et vive, romanesque à force d’avoir lu les livres qu’elle louait ; M. Peluche ne ressemblait en rien aux personnages séduisants et aventureux qui s’y trouvaient décrits, mais, tel qu’il était, il était à elle et elle faisait peser sur lui le joug d’une tendresse jalouse. Ils vivaient heureux et la papeterie marchait très bien.

Un soir, comme M. Peluche, pour mettre les volets de la devanture, ouvrait la porte de la rue, dont un rideau d’images cachait les vitres, il s’arrêta, étonné. Au seuil, dans le retrait formé par la porte, était posé un vaste panier ovale, à anse, et tout rempli par un paquet enveloppé de sombre.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? se dit M. Peluche, qui, dans l’ombre, distinguait mal.

Il poussa du pied le panier. Un vagissement s’éleva. M. Peluche sauta en arrière, resta un moment ahuri, puis se tourna vers le fond de la boutique, où était Mme Peluche.

— Amélie ! Amélie ! viens voir ! Il y a un panier à la porte. Ça crie !

Mme Peluche accourut, regarda le panier, le saisit, l’entra dans la boutique et en retira le paquet, qu’elle défit. Sous une toile noire, il y avait, roulé dans une couverture grise, un tout petit enfant qui criait.

— Mon Dieu, qu’est-ce que c’est que ça ? dit M. Peluche.