— Un enfant, tu le vois bien ! Un enfant qu’on a abandonné à notre porte… Et pas depuis longtemps, puisqu’une cliente est venue il y a dix minutes à peine.

— Par exemple !… En voilà une histoire… Qu’est-ce qu’on va faire ?…

— Commence par fermer la devanture. Ce n’est pas une raison pour laisser tout ouvert.

M. Peluche obéit, mais l’événement l’avait ému et il faillit casser une vitre.

Quand il rentra, Mme Peluche avait posé sur un comptoir, en l’étayant avec deux coussins, l’enfant qui ne criait plus, et, la mine grave, les sourcils froncés, elle tenait les yeux fixés sur lui. Elle tourna la tête vers son mari lorsqu’elle l’entendit.

— J’ai regardé ses langes, déclara-t-elle, il n’y a aucune marque, aucun papier comme on en trouve souvent sur les enfants abandonnés : « Prenez soin de lui », ou bien : « Je le confie à la Providence » ou quelque chose de ce genre… C’est bien singulier qu’on ait choisi notre porte pour y laisser cet enfant… Tu trouves pas ça singulier, toi ?

— Si… Non… C’est le hasard…

— Le hasard, c’est bientôt dit…

Elle eut un rire sec et, brusquement, éclata en sanglots.

« Oh ! misérable, misérable ! Et tu fais semblant de m’aimer !… Oui, oui, ne prends pas l’air ahuri ! Tu ne me donneras pas le change ! Je sais à quoi m’en tenir ! Je ne suis pas idiote ! Tu veux que je te le dise pourquoi on a apporté ici cet enfant ? C’est parce qu’il est à toi ! Oui, à toi ! Oui, à toi ! Tu m’as trompée ! Tu m’as trompée depuis longtemps, puisque l’enfant a près d’un an ! Tu m’as trompée depuis tout le temps, probablement ! Non, non, ne nie pas, ce n’est pas la peine ! Je sais ce que je dis ! Pourquoi l’aurait-on apporté ici, cet enfant, s’il n’était pas à toi ? Sans doute tu viens de quitter la mère pour une autre, alors, elle se venge ! Oh ! quelle honte ! quelle honte ! Du reste, tu t’es trahi toi-même, j’ai bien vu ton émotion quand tu as trouvé le panier ! Et, après, tu tremblais tellement que tu as failli enfoncer la devanture avec le volet !… Oh ! Julien, Julien, moi qui t’aimais tant !… »