Les larmes la suffoquèrent un moment. M. Peluche, béant, offrait l’image de la stupidité. L’enfant n’était pas de lui. Il ignorait entièrement qui l’avait apporté à son seuil. Il n’avait jamais trompé sa femme et n’avait jamais eu l’idée, même lointaine, qu’il pût jamais la tromper. Il était complètement innocent, mais cette innocence, c’est en vain qu’il cherchait un moyen de la prouver, à l’instant même, d’une façon éclatante. Il ne trouvait pas et s’affolait.
— Tu as raison de ne rien dire, reprit Mme Peluche. Je ne croirais pas à tes mensonges…
— Mais c’est de la démence ! Amélie, je te jure !…
Un vagissement désespéré de l’enfant interrompit M. Peluche.
— On ne peut pas le laisser mourir, prononça Mme Peluche. Je vais lui donner le lait que j’avais acheté pour toi, parce que tu es enrhumé.
Tragiquement, elle s’éloigna vers la cuisine. M. Peluche demeura accablé.
Le ménage ne dîna pas et la nuit fut dramatique. Après une période de silence lugubre et de désespoir contenu, Mme Peluche, soudainement, vers onze heures, eut une crise effrayante. Elle sanglota, cria, trépigna, se tordit les bras, se roula, réclama le divorce et la mort. M. Peluche, qui d’abord s’était répandu en protestations éperdues, dut lutter avec elle pour lui arracher un flacon de pharmacie qu’elle avait saisi au hasard, afin de s’empoisonner. Enfin, à trois heures du matin, elle s’apaisa et, toute vêtue, se jeta sur son lit, non pour dormir, dit-elle, mais pour réfléchir.
M. Peluche, dans un fauteuil, ne goûta qu’un assoupissement précaire, coupé d’affreux cauchemars.
Au matin, emporté par l’habitude commerciale, il alla ouvrir la boutique, et, tout grelottant, la tête dans ses mains, s’assit à la caisse.
Mme Peluche parut devant lui. Son visage était pâle, mais empreint d’une résolution énergique.