— J’ai réfléchi, Julien, dit-elle d’une voix grave. Je te connais maintenant : tu es de ces hommes qui font souffrir celle qui les aime… Hélas ! je souffrirai donc… Mais l’innocent ne doit pas être frappé. Une victime suffit… Nous garderons ton fils. Je l’élèverai moi-même…

— Mais c’est fou ! gémit M. Peluche atterré, puisque je te jure…

— Ne mens plus, Julien. Avoue la vérité et je te pardonnerai… Mais tu me ferais horreur si, à ton tour, tu songeais à abandonner…

La porte de la boutique, ouverte violemment, lui coupa la parole.

— Mon enfant ! mon enfant ! cria une jeune femme nu-tête, qui fit irruption, le visage bouleversé. Je l’ai laissé à votre porte, hier !… J’étais folle !… Ah ! le voilà !

Elle s’élança sur l’enfant qui, au fond, dormait encore sur des coussins, et le serra contre elle avec emportement.

— Je n’ai plus que lui ! Le père m’a quittée hier, après une scène affreuse… J’étais folle, désespérée !… J’ai abandonné le petit… Mon Dieu, mon Dieu, comment ai-je pu faire ça ?… Je voulais me noyer !… Je ne sais plus… Et puis, je me suis calmée… Je suis revenue en courant pour le reprendre… mais toutes les boutiques étaient fermées et je n’ai pas reconnu la porte ! Toute la nuit je suis restée dans la rue en attendant que vous ouvriez… Je n’ai plus que lui, maintenant… Je reviendrai, monsieur et madame. Je reviendrai vous remercier… Je n’oublierai jamais !…

Elle s’enfuit, son enfant dans les bras. Le ménage Peluche resta abasourdi.

— Eh bien, Amélie, tu vois ?… dit enfin M. Peluche.

— C’est vrai… Mon pauvre ami… Comment ai-je pu croire ça de toi ?… lui répondit-elle doucement.