Et il y avait dans sa voix un mépris si évident que M. Peluche en resta saisi.
MATHILDE
Mme Aubil avait été attendre son mari à la gare et, pendant les premiers moments, elle fut tout à la joie de le revoir. Ils regagnèrent en voiture leur confortable appartement des Ternes et le déjeuner fut gai et sans nuages.
M. Aubil parla de ses affaires. La maison de commerce où il était associé fonctionnait à souhait et le poste qu’il occupait depuis la guerre, dans l’administration militaire d’une grande ville du centre, lui laissait assez de loisirs pour qu’il puisse surveiller ses intérêts. Il manifesta l’intention d’expédier, dès l’après-midi même, quelques courses urgentes, afin de pouvoir, le lendemain, sortir librement avec sa femme.
— A propos, dit soudain Mme Aubil, tu sais que je me suis brouillée avec les cousins Dertal…
M. Aubil eut un léger mouvement.
— Non, dit-il, je ne savais pas…
— Ah ! je croyais te l’avoir écrit. C’est à propos de mon œuvre. La cousine Dertal s’est fait nommer vice-présidente sans m’en parler, acheva-t-elle, les yeux étincelants de courroux.
M. Aubil, quadragénaire placide, d’esprit fin et de tempérament nonchalant, ne put s’empêcher de sourire tant il la trouvait jolie et tant, après six années de mariage, il était encore émerveillé de l’extraordinaire désaccord qui existait entre la beauté délicate, frêle et vaporeusement blonde de Mme Aubil et son caractère irascible dont l’agressive susceptibilité était sans bornes.
« Et je me suis brouillée aussi, continua-t-elle, avec la tante Blaise parce qu’elle n’a pas rompu avec eux en même temps que moi. Elle voulait les ménager parce qu’elle y dîne le dimanche… Alors, tu comprends, il a fallu qu’elle choisisse : eux ou moi. Ce serait trop commode d’être bien avec tout le monde.