— Quel ami ? — Mme Demblot n’en avait laissé aucun à son mari.
— Je veux dire… ce soldat… c’est le fils d’un ami.
— Le fils de qui ?
— De… de… Lumoy… Tu sais bien. Lumoy… mon ancien collègue de l’administration… Je t’en ai parlé… Alors, ce soldat… c’est le fils de Lumoy…
Il pâlissait et rougissait ; il aurait pu faire pitié à quelqu’un d’autre qu’à Mme Demblot, mais elle ne détournait pas son regard fixe. Il se troubla davantage, s’affola, crut qu’elle savait peut-être et, en tous cas, préférant tout à cet interrogatoire, dit brusquement la vérité :
— C’est mon fils, à moi…
Mme Demblot bondit dans son fauteuil.
— Vous… vous dites ? balbutia-t-elle avec stupeur.
— Oui, dit M. Demblot, mon fils à moi. Je n’aurais pas voulu que tu saches jamais… Mais puisque tu nous a rencontrés… Tant pis… Fais ce que tu voudras… C’est mon fils. Je l’ai eu avant notre mariage. Il a vingt-six ans. Sa mère était une ouvrière, elle est morte quand il est né… Trois ans après, je t’ai rencontrée. Quand nous avons été fiancés, j’ai voulu te prévenir, mais je n’ai pas osé, craignant une rupture, j’ai été lâche. Après notre mariage, de jour en jour, j’ai remis… Tu es si vertueuse, n’est-ce pas, si rigide, si inaccessible aux faiblesses. J’étais déjà si inférieur à toi… Si tu savais quelles angoisses j’ai eues !… Enfin, je l’ai fait élever en province. Je le voyais très rarement. J’ai eu l’argent en faisant des travaux supplémentaires… Je ne t’ai causé aucun tort. Il est établi en province. C’est un garçon instruit… J’ai inventé une histoire pour expliquer les choses. Il sait que je suis marié avec toi, mais que, pour des raisons de famille… Si tu savais comme c’est un garçon intelligent, et brave, et énergique !… Tout le contraire de moi…
Mme Demblot était en proie à des sentiments violents, que dominait l’intolérable outrage de ce mensonge prolongé, et où il y avait peut-être un peu de respect étonné pour M. Demblot, qui en avait été capable. Elle allait parler. Il l’interrompit :