— Non, je t’en prie… Je sais combien j’ai été coupable… Mais maintenant… Enfin, il a été blessé, il est venu ici pour quelques jours… Et je ne pouvais pas le laisser seul, quoi qu’il arrivât… J’espérais que tu ne saurais pas, du reste… J’ai loué un petit appartement meublé, pour lui et moi. Il sait qu’il ne peut pas venir chez moi… Il accepte tout ce que je lui dis… Il est si respectueux, si affectueux… Mais, tu comprends, il faut que je reste avec lui jusqu’à ce qu’il reparte. Il va repartir bientôt… C’est mon fils. Et je ne le reverrai peut-être jamais, acheva tout bas M. Demblot.
— Votre conduite est indigne ! — Mme Demblot s’était levée pour plus de majesté, — indigne à tous les points de vue ! Quel rôle me faites-vous jouer ! De quoi ai-je l’air aux yeux de ce jeune homme, aux yeux du monde, qui apprendra peut-être ?… Je ne suis pas une mégère, Monsieur, je le prouverai… J’entends que, pendant les jours qui lui restent à passer ici, votre… (elle se reprit, tout au monde se rapportait à elle), mon beau-fils habite avec nous… Il verra que je ne suis pas le monstre odieux que vous lui avez dépeint…
— Tu veux bien… tu veux bien ?… Comme tu es bonne !… Je cours le chercher, il m’attend dans un café.
M. Demblot sortit, mais remit aussitôt la tête à la porte.
« Devant lui, n’est-ce pas, ne me dis rien… » pria-t-il.
Elle fit un geste, il s’enfuit.
Mme Demblot resta seule, frémissante d’indignation, bouleversée par des émotions qu’elle essayait en vain de définir.
Après un quart d’heure, M. Demblot revint. Le soldat l’accompagnait. C’était un beau garçon au visage franc et intelligent. Il s’inclina devant Mme Demblot.
— Madame, dit-il avec émotion, je suis très heureux d’être chez vous… Mon père m’a dit votre bonté…
Et comme elle avait un petit mouvement :