M. Balbois, quelques jours plus tard, surveillait une récréation quand on le prévint qu’une dame le demandait. Il crut que c’était la mère d’un élève et s’empressa. La personne qu’il trouva au parloir lui était parfaitement inconnue. De haute taille, maigre et anguleuse dans la robe sévère, dont un ruban violet décorait le corsage, elle avait un visage osseux et parcheminé, aux yeux froids sous un lorgnon d’or ; sur son front jaune, dominé d’un chapeau revêche, plaquaient deux bandeaux maigres, d’un noir dur mêlé de gris.
— Monsieur César Balbois ?
Il salua.
« Vous ne me reconnaissez pas ? »
Elle le regardait, parfaitement calme. Balbois, surpris, cherchait dans sa mémoire. Une idée horrible le saisit tout à coup, mais c’était si fou qu’il haussa les épaules. L’idée revint, s’imposa. Il pâlit, puis rougit.
« Je vois que vous me reconnaissez, continua la visiteuse. Voici le but de ma démarche : Jadis j’ai eu des torts envers vous, César. Je ne veux pas chercher si, dans la faute que j’ai commise, une part de responsabilité ne vous incombe pas. Le fait est incontestable : j’ai eu des torts envers vous. Je viens aujourd’hui vous demander votre pardon et réparer mes torts. »
Elle débitait ces phrases d’une voix sèche, et sans que l’intonation répondît le moins du monde au sens des mots.
— Que je vous pardonne ?… balbutia Balbois atterré.
— Oui. Il convient, je vous le répète, que je répare ma faute. Après une erreur de jeunesse, condamnable, certes, mais qui a été fugitive, j’ai fait un retour sur moi-même, et je suis entrée dans la voie du travail. Grâce à ma seule énergie, je me suis créé une situation enviable. Dans ces conditions, César, et m’étant discrètement renseignée sur votre existence, je viens vous dire : « Quittez la bohème indigne où vous croupissez. Je vous en offre les moyens ».