— Mais alors, toute l’histoire ? L’officier aviateur ? dit Mme Bayle, qui éprouvait un soulagement si intense qu’elle pouvait à peine s’empêcher de sourire.

— J’ai tout inventé, gémit Thérèse. C’est elles toutes ici qui m’ont forcée… Toutes, elles me racontaient leurs histoires. Et elles me demandaient de raconter aussi… Et qu’est-ce que je pouvais dire ?… Je suis toujours restée enfermée, en Vendée, dans le château de grand’mère, et depuis qu’elle est morte, je suis toute seule. Et toutes ici, elles ont quelqu’un à la guerre, pour qui elles s’inquiètent, leur père, ou bien leur frère, ou bien leur cousin… Alors j’ai inventé ce que je trouvais le mieux parce que moi je n’ai personne et que j’avais trop honte !…

Elle éclata en sanglots et répéta :

« J’avais trop honte !… »

LE SOUPÇON

Après avoir acheté les journaux de Paris qui venaient d’arriver, il fit quelques pas sur le quai de la gare. Des voyageurs, se dirigeant vers la sortie, le croisaient et, parmi eux, des soldats et des officiers. Sur l’un de ces derniers, ses regards s’arrêtèrent. Il tressaillit, hésita une seconde, et s’avança :

— Pradil !

L’autre leva les yeux et, voyant un officier d’un grade supérieur, ébaucha un geste de salut. Mais au même moment il le reconnut. Il devint rouge, puis pâle.

— Bernage… bégaya-t-il.

— Oui, c’est moi. Voyons, voyons, calme-toi… Moi aussi, je suis heureux de te revoir, dit Bernage en lui mettant affectueusement la main sur l’épaule.