— Je descends d’un train et je vais, dans dix minutes, en reprendre un autre. J’ai été envoyé en mission. Je dois repasser à Paris et, de là, je retournerai au front… Et toi, est-ce que tu as des parents par ici ? Cela me paraît un pays charmant, tous ces bois, ces jardins, ces villas qu’on voit là-bas enfouies dans la verdure…
— Oui, en effet, cela semble un coin délicieux, répondit Pradil avec indifférence.
Ils traversèrent les voies pour gagner le quai où devait s’arrêter le train pour Paris, et soudain Bernage dit à son compagnon :
— Je vois que tu es au courant de ce qui m’est arrivé.
Pradil eut l’air surpris.
— Au courant de quoi ?
— Tu le sais bien, voyons… Rien que ta figure indique que tu es renseigné… Du reste, si tu ne savais rien, tu m’aurais demandé des nouvelles de ma femme, et tu ne l’as pas fait…
— Mais, je te jure…
— Bon… De toutes façons, écoute-moi. Je veux que tu saches ce qui est arrivé, puisque tu es à peu près mon seul ami… Jacqueline m’a quitté…
Pradil eut un mouvement, mais Bernage ne lui laissa pas le temps de parler.