— Prenez garde ! Ça glisse, l’herbe, au bord, dit une voix presque enfantine.
Lalier se retourna. Une enfant mince et brune, vêtue d’une robe de laine trouée, un châle rouge sur ses boucles sauvages, fixait sur lui ses grands yeux noirs.
« Vous êtes de l’usine ? reprit-elle. Vous êtes nouveau, n’est-ce pas ? Je ne vous ai pas encore vu… Les ouvriers viennent souvent se promener par ici, le dimanche… Mais je ne les aime pas… ils font du bruit… ils se moquent de moi… »
Elle était très grave. Il sourit.
— Par exemple ! ils se moquent de toi ?
— Oui. Ils blaguent toujours. Ils m’appellent la gosse… Ils disent que je n’ai pas des idées comme tout le monde… Ils me taquinent… Moi, ça me fâche et je me cache… Vous êtes de l’usine, n’est-ce pas ?
— Je suis le nouveau contremaître. On m’a appelé ici. Le métal, c’est mon métier depuis toujours… Te voilà renseignée. Est-ce que tu poses des questions comme ça à tous les passants, ma petite ?
Elle devint rouge et tapa du pied.
— Là, vous aussi… Je ne suis pas une enfant du tout ! J’ai quinze ans et demi. Il y a cinq ans que je suis ici avec papa. C’est moi qui tiens la maison depuis que maman est morte. Je n’ai ni frère, ni sœur… papa ne parle jamais… Alors, je m’ennuie… Vous reviendrez, hein ? on causera… Maintenant, il faut que je rentre pour la soupe.
Elle s’enfuit vers une petite maison basse dont un lierre touffu cachait la misère, mais, au bout de trois pas, elle tourna la tête et jeta par-dessus son épaule :