Elle s’arrêta, très rouge et essaya de rire, mais ses lèvres tremblaient.
« Moi, je ne veux pas que vous soyez triste… Vous êtes mon ami… Les autres, je ne peux pas les souffrir… Mais vous… J’ai bien vu qu’ici vous étiez content de venir… Alors plus tard… Moi, pour vous, j’attendrai… Je sais bien… je suis trop jeune, maintenant… Mais, dans un an ou deux, si vous voulez, nous nous marierons… on sera très heureux… On aura une maison, des bêtes… »
Elle continuait, expliquant naïvement son rêve de sa voix puérile. Lalier, paternellement, lui tapota la joue.
— Ma pauvre petite, je suis un peu vieux pour toi… Et puis, vois-tu, je suis marié déjà… Oui, j’ai ma femme, là-bas, dans le Nord… avec nos deux enfants… Elle n’a pas pu revenir à temps… Moi, j’étais en voyage… Depuis, je n’ai pas pu avoir de nouvelles… Je ne sais rien… Je ne sais rien…
Il se tut. Il resta absorbé, le visage contracté, les yeux fixés sur le sol. La petite, haletante, pâle sous ses cheveux défaits, le regardait.
— Je comprends bien, murmura-t-elle d’une voix sourde, c’est pour cela que vous êtes triste…
Suffoquant, elle se précipita dans la maison et ferma la porte.
L’éclusier revenait. Lalier lui dit bonsoir et s’en alla, s’efforçant, en vain, de se rendre compte des sentiments qu’il éprouvait.
Après avoir hésité, quatre jours après il reparut à l’écluse. Le vieux était là.