— La petite — grommela-t-il en réponse aux questions de Lalier, — elle s’ennuyait, faut croire… Elle a toujours été lunatique. Alors, comme son oncle est passé dans sa péniche où qu’il a sa femme avec lui, elle a voulu partir avec eux… Les voilà, là-bas…
Sur une péniche qui, au loin, sur l’eau miroitante, s’en allait vers le couchant rouge, Lalier crut voir une mince silhouette qui faisait un geste d’adieu.
Il eut un moment de stupeur et la sensation que quelque chose s’arrachait de lui. Mais il essaya de se dire que les choses étaient mieux ainsi et retourna vers la ville… seul.
LE TOIT BRUN
A la lisière du petit bois, non loin du village dont on apercevait là-bas, sous l’éclatant soleil d’après-midi, les toits à travers les branches, les enfants, — ils étaient une dizaine, garçons et filles, — avec des rires et des cris aigus, jouaient au milieu des arbres et des piles de bois.
— Fanny, Fanny, c’est toi qui y es avec Émile ! Attendez qu’on se cache ! crièrent des voix claires.
Fanny, une petite de sept ans, blonde, vive et fraîche, resta seule, près du but, avec Émile qu’un bâton de réglisse qu’il suçait rendait muet.
— Va par là, lui ordonna-t-elle après quelques instants, et elle s’élança dans une autre direction.
— Fanny ! appela doucement une voix d’homme.
L’enfant tourna la tête. Elle vit un soldat dissimulé à demi derrière un buisson. C’était un homme jeune encore ; une lourde moustache barrait son visage hâlé ; sous le casque enfoncé on voyait à peine ses yeux noirs.