De sa petite main elle lui indiqua la route. Il jeta un regard là-bas, du côté du toit brun. Il s’inclina vers l’enfant et l’embrassa de toutes ses forces. Elle s’échappa de ses bras et courut reprendre sa partie de cache-cache pendant qu’il s’en allait.

LA PROMESSE

L’après-midi s’achevait et les ombres d’un orage menaçant assombrissaient l’ombre verte de la forêt, quand le soldat qui suivait la route déboucha dans la grande clairière. Il la reconnut tout de suite, se souvenant bien de la description qu’on lui en avait faite et il reconnut aussi, au lierre de son toit, la maison qu’il cherchait. En hâte, pour ne plus se laisser aller à hésiter devant la démarche qu’il faisait, il traversa la clairière et, comme les premières gouttes de pluie étoilaient lourdement la poussière de la route, il vint frapper à la porte qui bientôt s’ouvrit.

— M. Duray ? demanda-t-il.

— Papa est absent, il est à la ville, répondit une voix fraîche, mais si vous voulez voir le garde adjoint, sa maison est à deux pas…

Au seuil, une jeune fille avait paru, suivie d’un grand chien qui grondait et qu’elle fit taire. Elle semblait avoir seize ou dix-sept ans ; dans sa robe de toile grise elle était grande et élancée, son visage clair avait encore des contours enfantins, mais ses yeux bleus étaient sérieux et doux. De la main elle écartait de son front les boucles de ses cheveux châtains.

— C’est à M. Duray que j’aurais voulu parler d’abord, balbutia le soldat.

Il avait eu, en la voyant, un mouvement de recul, et elle le considéra avec étonnement, tant il semblait dans un embarras pénible et qui n’allait guère à sa haute stature, à ses traits décidés, à son regard jeune et franc.

— Si je pouvais revenir… murmura-t-il, mais c’est impossible, je dois reprendre le train ce soir même… Du reste, c’est à vous… c’est à vous que je dois dire…

La jeune fille avait à peine entendu ces derniers mots, tant la pluie ruisselait avec bruit. Elle lui dit d’entrer, repoussa la porte et tous deux restèrent debout dans la grande pièce à demi-obscure.