« Je vois que vous ne savez pas, dit-il, cherchant ses mots. Je pensais que peut-être vous auriez déjà appris… J’aurais voulu prévenir votre père, mais je dois repartir tout à l’heure, et il faut que je tienne une promesse que j’ai faite… Je viens du front, n’est-ce pas… Je m’appelle Jean Vautier, et j’ai été le camarade de quelqu’un que vous connaissez… Oui… Paul Tullier… Et il a été blessé… gravement… très gravement…
— Mon Dieu, cria-t-elle, est-ce que ?… Dites la vérité !
Il ne répondit rien, sentant bien qu’elle comprenait. Il était consterné d’avoir annoncé si vite la nouvelle tragique alors qu’il aurait voulu employer tant de précautions. Levant les yeux sur la jeune fille, il la vit pâle, les joues mouillées de larmes, mais il fut surpris : ce n’était pas le désespoir effrayant qu’il redoutait. Il reprit très bas :
« Alors je lui avais promis d’apporter ici, s’il lui arrivait malheur, certaines de ses affaires, comme souvenir… Les voici… »
Sur la table, entre eux, il posa un petit paquet noir.
— Mon Dieu, mon Dieu ! ma pauvre Berthe, quel malheur ! murmura la jeune fille.
— Berthe ?… Mais ce n’est donc pas vous ? Vous n’êtes donc pas la fiancée de Paul ?
— Non, non, dit-elle en frissonnant d’une angoisse confuse. Berthe, c’est ma sœur… Elle a vingt ans. Ils s’étaient fiancés avant la guerre… Moi, j’avais quatorze ans à ce moment-là… Ma pauvre Berthe… elle l’aimait tant !… Ces derniers jours, elle était inquiète, elle n’avait pas de lettres depuis longtemps… Aujourd’hui elle a été à la ville avec papa essayer d’apprendre quelque chose…
— C’est vous qui êtes Émilie ? murmura le soldat. Il m’a parlé de vous… mais comme d’une enfant…
— Oui, c’est moi Émilie.