— Justin ! veux-tu bien te taire !
— Ce n’est donc pas votre enfant ! dit Paponel.
— Non. J’en ai quatre seulement. Les deux autres sont à mon beau frère. Il est veuf, et, comme de juste, j’ai pris les deux petits pour qu’il n’ait pas de souci pendant qu’il est à se battre, cet homme. Alors je suis restée chez nous avec les enfants tant qu’il y a eu moyen. On avait la maison et le jardin, ça aidait à vivre… Et puis, quand ça a commencé en février, on nous a évacués… Et nous sommes venus à Paris.
— Pourquoi ? demanda Paponel.
— Parce qu’on ne savait pas où aller. Et puis, je pensais qu’ici je trouverais du travail… puis…
Elle hésita et se mit à rire.
« … Et puis, cousin, on voulait vous voir… On espérait… Enfin, quoi, ça n’y fait rien, je peux bien vous le dire : on ne pensait pas vous trouver comme ça. Dame, un savant comme vous, professeur à Paris… Bref, on se disait toujours : si ça va trop mal, il y a le cousin de Paris. Et mon mari il me l’écrivait… Alors, quand je me suis trouvée ici avec les petits, j’ai commencé, comme de juste, par me débrouiller. On s’est installé dans deux petites chambres, mais ce que les loyers sont chers ! Et la vie, donc ! Enfin, j’ai pas à me plaindre, j’ai trouvé à faire un ménage ; pendant ce temps-là, Louise, mon aînée, garde les enfants. Après, j’ai pensé à vous chercher. « Je me rappelais bien l’adresse d’une pension où vous avez été, il y a des années. A cette pension-là, on m’en a indiqué une autre, et de fil en aiguille je suis venue ici… »
Il y eut un silence. Elle reprit :
« Ça m’ennuie bien de vous voir comme ça. Vous avez de la misère… Vous êtes malade…
— Je ne peux plus travailler, grogna Paponel. Je suis vieux…