Enfin, elle se précipita. C’était lui ; elle reconnaissait sa stature svelte, son visage brun, ses yeux clairs et sa moustache courte. Il l’avait déjà dépassée, mais il marchait lentement, regardant autour de lui comme s’il cherchait quelqu’un.

Il s’arrêta. La petite lui avait touché le bras. Il tourna les yeux vers elle et tout d’abord ne sut pas où il l’avait déjà vue.

— Monsieur Rouve ? balbutia-t-elle, la voix étranglée par l’angoisse qui la ressaisissait plus aiguë maintenant qu’elle devait lui parler.

— Oui, c’est moi, dit-il, surpris.

— Vous ne me reconnaissez pas ? reprit-elle, se troublant de plus en plus. Et sans rien retrouver, dans le désarroi de son émotion, des phrases prudentes qu’elle avait préparées, confusément elle expliqua :

« Je suis Louise Gardot, la fille du contre-maître mécanicien… Nous sommes vos voisins de palier… Vous savez bien ?… Avant, vous me montriez les choses que vous graviez… Vous ne me reconnaissez pas ?…

— Mais si ! s’écria Rouve.

Et comme il était de caractère gai, qu’il était heureux d’être en permission et que cette petite l’amusait avec son air grave, il prit un ton cérémonieux pour s’excuser :

« Mademoiselle Louise Gardot, je vous demande mille fois pardon de ma distraction, mais quand on se retrouve comme cela à Paris, on n’a plus la tête à soi… Mais dites-moi donc, Berthe, ma femme, doit m’attendre par ici. Est-ce que vous ne l’avez pas vue ?

— Non, dit la petite en pâlissant tellement, et avec une voix si sourde, que l’homme tressaillit. Non, elle n’est pas là…