— Oui, avant-hier…

Le silence tomba entre eux. L’homme semblait égaré. Il n’arrivait pas à comprendre et il était si troublé que la douleur ne l’envahissait que lentement. Machinalement tous deux avaient fait quelques pas pour s’éloigner de gens qui s’étaient arrêtés et les regardaient.

Louise reprit, refoulant ses larmes :

— On n’a pas pu vous prévenir. On ne savait pas où vous étiez… Chez vous, on a trouvé, sur la table, votre dernière lettre qui venait d’arriver… Il n’y avait pas d’adresse… Du reste, ça n’aurait servi à rien puisque vous disiez que vous partiez le même jour pour une mission et que vous seriez ici aujourd’hui seulement… Mais on ne pouvait pas vous laisser arriver comme ça…

Elle s’interrompit pour s’essuyer les yeux. Elle n’était pas sûre qu’il l’écoutât, mais elle pensait qu’en lui parlant elle l’empêchait de s’enfoncer autant dans son désespoir.

« Alors, continua-t-elle, je ne savais pas quoi faire. On ne pouvait pas vous laisser arriver comme ça… Alors on en a parlé avec l’autre voisine du palier et avec ma grand’mère. Papa, justement, est en province pour l’installation d’une usine… Alors ma grand’mère ne peut plus marcher et la voisine travaille toute la journée… Alors, moi, je suis venue… Je vous ai apporté votre enfant… ajouta-t-elle tout à coup en lui tendant le bébé qui dormait sur son épaule.

— Hein ? Mon enfant ?… Ah ! oui…

L’homme eut un geste vague ; il ne pouvait pas penser à son enfant.

« Je savais bien qu’elle n’était pas forte, murmura-t-il, absorbé, et se parlant à lui-même… Mais qui aurait pu croire ça ?… Elle était si jeune !… Et, à ma dernière permission, elle allait si bien… Et c’est fini… Quand je reviendrai… après… si je reviens… personne ne m’attendra… Je n’aurai rien à retrouver… »

Il s’arrêta, regarda l’enfant et dit à Louise :