— Donnez-moi le petit, il est trop lourd pour vous…

Elle le lui passa, mais le bébé cria et elle dut le reprendre.

Maintenant, ils étaient sortis de la gare et ils marchaient sur le trottoir encombré.

— Il faut que vous rentriez chez vous, dit Louise doucement. Si vous ne rentrez pas maintenant, après ce sera plus dur… C’est ce qu’on a dit à papa quand maman est morte, il y a huit ans. Je m’en souviens bien… Et on nous a mis près de lui, moi et ma petite sœur… Alors ça m’a donné l’idée de vous apporter votre petit Julien. On l’a pris chez nous ces jours-ci… Il est gentil…

Rouve la regarda. Dans les yeux de la petite fille, il vit tant d’émotion et tant de pitié que ce fut pour sa détresse affolée comme un soulagement fugitif.

Mais ils atteignaient leur rue et leur maison. L’homme monta vite. Il ouvrit sa porte et entra. Dans le logement vide où chaque chose était maintenant devenue un souvenir qui l’assaillait, sa douleur éclata, et il tomba sur une chaise en sanglotant, la tête entre ses mains. Mais il savait que la petite Louise l’avait suivi, qu’elle pleurait à côté de lui, et il était moins malheureux que seul.

SÉPARATION

Du livre qu’elle lisait distraitement, Hélène Valgan avait levé les yeux.

— Madame Mayville… murmura-t-elle, cherchant à rappeler des souvenirs imprécis, ah ! c’est probablement pour une œuvre… Faites entrer cette dame, dit-elle à sa vieille bonne.

Dans le petit salon silencieux, dont les fenêtres donnaient sur un vieux jardin de Passy, que le printemps rajeunissait, entra une jeune femme en deuil.