— Madame ?… commença Hélène.

— Je suis votre cousine, interrompit la visiteuse. Yvonne Mayville… Vous ne vous rappelez pas ?… C’est vrai que nous ne nous connaissons pas du tout… Pourtant, nous nous sommes vues une fois, je crois, quand nous étions enfants… Maintenant, je viens… parce que je suis trop malheureuse… Mon mari… Pierre… il a été…

Elle ne put prononcer le dernier mot et tomba sur un siège, secouée de sanglots et la tête dans ses mains.

Sous ses cheveux châtains, où il y avait des cheveux blancs, le fin visage d’Hélène avait pâli. Cette douleur ravivait sa douleur à elle, sa douleur pareille, son désespoir que les mois qui passaient ne pouvaient engourdir. Avec un grand effort elle se domina, réussit à ne pas éclater en sanglots elle aussi et, pour la consoler, s’approcha de sa cousine.

Celle-ci releva enfin son visage mouillé de larmes.

— Je ne peux pas… je ne peux pas me calmer, bégaya-t-elle. Je suis trop malheureuse… Pensez, quand j’ai appris la nouvelle !… Il avait été transporté dans un hôpital après sa blessure… Lorsque je suis arrivée, il vivait encore et il m’a reconnue, et puis…

Elle s’interrompit de nouveau, pleurant plus fort et, après un moment, reprit en phrases entrecoupées :

« Nous nous aimions tant !… Nous avons été si heureux !… Et maintenant me voilà seule… c’est affreux… Si vous saviez…

— Je sais, dit à voix basse Hélène.

— Oui, oui, en effet… J’ai appris… Et c’est aussi cela qui m’a poussée à venir… Je suis comme folle… Pensez, il y a quelques jours à peine… Quand je suis revenue, je n’ai pu rentrer dans notre appartement… Non, non, ç’aurait été trop horrible…