— C’est une honte ! un pauvre gamin tout seul, le recevoir comme ça, quand on a de quoi ! Reste ici, mon garçon, on te garde, nous ! On te trouvera de l’ouvrage, et pas au rabais, tu verras ça… Ça serait honteux de te renvoyer ! T’inquiète pas de lui, va, c’est un égoïste, il a jamais aimé que lui-même ! Tu vas dîner, et avant faut te changer, trempé comme tu es, tu prendrais mal…
Ils s’empressaient autour du gamin, et la dame maigre, qui avait été lui chercher une tasse de bouillon, se retourna vers M. Morin et résuma l’impression générale.
— Vieux sans cœur, va !
Mais M. Morin semblait en colère, malgré sa timidité.
— Attendez donc que j’explique, à la fin ! cria-t-il, en élevant autant qu’il pouvait sa voix faible. Depuis le commencement je ne peux pas placer un mot ! C’est pas mon neveu, là ! Je n’ai jamais eu ni frère ni sœur, alors, je n’ai pas de neveu ! Du reste, regardez ses papiers : le nom de sa mère, c’est Morin par M, o, tandis que moi, c’est Maurin par M, a, u. Quand il a demandé Morin, à la ville, comme on me connaît, on l’a envoyé ici. Son oncle, c’est un Morin qui aura habité dans le pays, sans doute…
— Ah, oui ! dit le patron. Je me rappelle maintenant. Au village plus loin, il y a eu un vieux qui s’appelait Morin et qui est mort à l’hospice il y a quatre ans…
Ils se regardèrent tous, ahuris et embarrassés. M. Maurin mit sa main sur la tête du gamin.
— Bien entendu, on lui a dit qu’on le gardait, et on le garde ! Et comme c’est moi qu’il est venu trouver, comme je suis son oncle en quelque sorte, puisqu’il le croyait, eh bien ! c’est moi qui le garde… Et il sera bien… C’est ça que je voulais expliquer, mais vous criiez tous à la fois…
Il y eut une petite gêne, mais le patron prit un air dégagé :
— C’est vrai, ça, on était tous là à se chamailler sans rien comprendre de ce qu’on disait…