Maurice, à la voix de sa tante, bondit, mais comment, sous ses yeux à elle (elle, c’était le portrait) paraître un gamin qui a peur ? Il resta calme.
— Je ne fais aucun mal, ma tante. Je viens regarder cette figure qui est si jolie.
— Tu viens regarder mon portrait ? dit Mlle Piégris étonnée.
Maurice recula, bouleversé, se refusant à comprendre. Sa tante ! c’était le portrait de sa tante ! Béant, il regardait la vieille demoiselle et il regardait le portrait. Le prestige de la charmante figure, pour lui, décroissait confusément de toute l’aversion que lui inspirait sa tante et, par contre, cette aversion diminuait pour faire place à une sorte de respect mystérieux.
Mlle Piégris regardait aussi son portrait et, d’une voix qui peut-être tremblait un peu, elle dit pour elle-même :
« Oui, ç’a été moi… »
Mais elle revint bientôt au temps présent. Elle se tourna vers Maurice et probablement avait-elle été flattée de son admiration, car elle lui dit d’un ton doux :
« Je te permets d’entrer dans ce salon quand tu en auras envie. »
Maurice comprit qu’elle lui permettait de venir voir son portrait. Il ne dit pas qu’il en avait maintenant beaucoup moins envie. Il ne dit rien du tout. Il restait profondément stupéfait, étant trop jeune encore pour savoir ce que la vie peut faire de la jeunesse.