— Tu sais bien qu’il n’aime que ça, dit la mère.
L’homme secoua gravement la tête.
— Oui, on a de la satisfaction. On ne regrette pas ce qu’on a fait… Il travaille à force. On peut le dire : il a du courage… Même pendant ses vacances rester enfermé toute la sainte journée…
— Il n’aime que ses livres, répéta la mère.
— Il n’aura pas les mains noires de terre, il ne s’échinera pas du matin au soir en plein soleil ou sous la pluie…
— Il ne sera pas comme nous, ça vaut bien tous les sacrifices qu’on a faits…
— Au bourg où je suis passé ce tantôt, reprit Goulard, le maire m’a parlé de lui. Il m’a dit que ça devait nous coûter bon, son éducation, et il m’a demandé ce que nous voulions faire de lui. J’ai dit : « Ça coûte ce que ça coûte : c’est pas la question… Et quant à sa carrière, il choisira… Il est libre. Je sais qu’il nous fera honneur, voilà tout… »
Tous deux échangèrent un regard d’orgueil. Ils restèrent un moment silencieux, rêvant au brillant avenir de leur fils, et plus ils l’imaginaient différent de ce qu’ils étaient eux-mêmes, plus ils éprouvaient de joie vaniteuse.
— Je me demande ce que j’aimerais mieux qu’il soit, murmura la mère… Enfin, d’abord, il doit se faire recevoir à ce baccalauréat, puisqu’on l’a refusé en juillet par injustice… Tiens, mais ça me fait penser que j’ai reçu une lettre de Paris. C’est le cousin Armand qui m’écrit que Jean doit retourner là-bas la semaine prochaine, pour qu’il lui fasse suivre des cours…
— Tu lui as dit ça, à Jean ?