A ce sujet, le capitaine m’a fait venir aujourd’hui dans sa cabine.

— Le Homard, m’a-t-il dit, je me suis résolu après l’histoire de l’autre jour, à laisser le plan ici.

L’avoir sur moi, c’est dangereux. Je l’ai mis dans le petit coffre-fort qui est là, scellé dans la paroi. Il est en sûreté. Pour l’avoir, il faudrait démolir le navire ; et puis il n’y a que toi et le docteur pour le savoir. S’il m’arrive malheur, vous pourrez le retrouver. Il ne faut pas qu’une chose comme ça disparaisse avec un homme. Le chiffre pour ouvrir la serrure est 318, le numéro que nous avions aux bateaux-mouches… Le ressort est en dessous à gauche.

Maintenant, parlons d’autre chose. Tu sais qu’il nous faut absolument des provisions. J’ai réfléchi : C’est très joli de toucher au Port International mais on nous sait par ici, après le dernier combat.

Il doit y avoir une police de tous les diables pour les navires…

Il vaudrait peut-être mieux attaquer un bateau de commerce et prendre ce qu’il nous faut…

Je sais bien que cela n’est pas très régulier ; mais ma foi, quand on a un but… As-tu une idée ?

Ici, la voix du docteur nous appela en haut. Il venait de capturer un pigeon voyageur qui s’était abattu, fatigué, sur le pont de l’Argonaute. Le pigeon portait la lettre suivante, écrite en clair sur papier pelure.

Le commandant du croiseur Destruction, à Son Excellence, le Gouverneur du Port International.

« Selon les ordres de Votre Excellence, nous avons fait route vers la côte, dans les eaux de laquelle devait se trouver, avec son navire, le pirate Julius Pingouin. Débarquant sans avoir rien pu découvrir d’anormal, nous avons appris de la bouche même de l’empereur nègre Coco premier, souverain des naturels du pays, la destruction récente et complète de la troupe de Julius Pingouin et la mort du pirate lui-même, tué par la main de Coco premier, qui l’avait attaqué avec ses nègres. Nous avons pu voir, décorant le palais du souverain, selon la coutume du pays, la tête des principaux complices de Julius Pingouin et la sienne propre que nous avons identifiée à l’aide du signalement à nous remis.