« Le potentat noir nous déclara avoir incendié le navire-pirate l’Argonaute. Les hommes restés à bord y avaient péri, sauf deux, échappés par miracle, et qui furent remis entre nos mains. En vertu du code maritime, et en dépit des subterfuges qu’ils employaient, se prétendant soldats des douanes et seuls survivants d’une troupe envoyée contre le pirate et détruite par lui, nous les fîmes pendre à notre vergue.

« Nous n’avons pu, malgré toutes nos recherches, apprendre quoi que ce soit au sujet du plan que devait posséder Pingouin. Ou bien ce document a disparu avec le navire, ou bien il n’a jamais existé et l’expédition n’aurait été, ce qui est probable, qu’une simple entreprise de piraterie.

« Dans ces conditions, nous avons cru devoir remettre à Coco premier la somme de vingt-cinq mille francs en or, promise à celui qui amènerait la perte du fameux pirate et de son expédition ; somme dont le monarque nous a délivré un reçu régulier.

« Nous demeurons, de Votre Excellence, le dévoué serviteur.

Signé : commandant Walrus. »

— Très, très curieux, dit le docteur ; ce commandant Walrus me paraît doué d’une perspicacité peu commune et d’un esprit critique des plus éclairés. Son opinion au sujet du plan qui n’a jamais existé est spécialement ingénieuse.

— C’est Coco, qui l’est, ingénieur, remarqua le Rempart… Quelle vieille ficelle… Li bon nèg’e, li avoi’ bonne tête su z’épaules…

— Il nous sauve à peu près la vie, dit Pingouin. Maintenant, on peut aborder au port en toute sûreté.

On va laisser reposer le pigeon ; demain matin, on le lâchera ; il arrivera un jour et demi avant nous ; c’est ce qu’il faut. Il n’y aura qu’à coller une bande à l’arrière, pour changer le nom du navire.

Le Homard deviendra le capitaine Litière, commandant l’Albatros ; c’est l’ancien nom de l’Argonaute et j’ai retrouvé les papiers…