13 décembre. — Il y a un mois juste que nous sommes en route. Pour fêter cet anniversaire, nous avons soupé un peu plus somptueusement que de coutume. Au dessert, le docteur Saturnin a porté la santé de Julius Pingouin. A son tour, Julius Pingouin a porté la santé de l’équipage de l’Argonaute.
— Camarades, a-t-il dit, je lève mon verre pour vous. Vous êtes des braves. La mort en a pris beaucoup parmi nous. Je les salue, et surtout le pasteur Tantsticktor, qui nous a montré un exemple sublime. Ceux qui sont morts connaissent le repos, on peut le croire ; mais pour nous qui vivons, il faut lutter. Le plus dur est à faire, car, après notre escale, ce ne sera plus des hommes qu’il faudra combattre, mais l’inconnu… Ça ne fait rien, nous arriverons, soyez-en sûrs, et ce sera le triomphe. J’ai confiance en vous, ayez confiance en moi.
14 décembre. — Nous pensions être en vue du port avant le soir ; mais il est maintenant neuf heures et il n’y a rien de nouveau.
15 décembre, 5 heures du matin. — Nous venons de jeter l’ancre dans le Port International. Je passe sur les rasoirs administratifs, sanitaires et autres, avec lesquels on entrave la liberté de tout le monde d’aller quelque part. Il n’y a pas eu d’accrocs.
A huit heures, Pingouin part dans la petite chaloupe pour s’occuper des approvisionnements. Il emmène le Rempart, et deux nègres rament. Pingouin voudrait en avoir fini aujourd’hui même, pour repartir demain.
11 heures 1/2 du matin, même jour. — Je ne sais plus où j’en suis. Peu après le départ de Pingouin, comme nous étions tranquillement à nos affaires, un individu amené par une barque où ramaient deux Malais, a fait irruption à notre bord. Il est tombé sur le docteur, qui lisait un journal, et, en un clin d’œil, l’a contraint à l’écouter.