— Monsieur, dit-il, plus un mot. Vous vendez du vin ? Très bien. Donnez-m’en huit paniers… Là — posez-les là… Des ronds de serviettes ? On ne peut mieux. — J’en prends deux douzaines — à côté du vin. Des tuyaux d’arrosage ? six mètres — avec une lance. Des baleines de parapluies démontables, cure-dents, cure-oreilles ? etc. — Parfait. — Mettez-en quinze. — Le savon ? — Un pain. — Est-ce tout…?
Encore des oiseaux empaillés ? Je ne m’y oppose pas. Donnez-moi ce pétrel que je vois dans votre barque… Non, pas celui-là — l’autre — qui a les ailes repliées — il tiendra moins de place… Fourrez-le là. — Merci beaucoup. — C’est tout pour aujourd’hui ? Allons, tant mieux. Combien ? Huit cent quarante-deux francs vingt-cinq ? C’est pour rien. Voilà l’argent. Vous avez votre compte, n’est-ce pas ? Oui. — Eh bien, maintenant, vous voyez ce canon ? — Partez ! qu’il n’y ait pas de sang ici ! — Partez sans dire un mot, sans retourner la tête, et ne revenez plus si vous tenez à la vie, car, ma parole d’honneur, je ferai torpiller votre sale barque avant même qu’elle soit à moitié chemin !
L’homme disparut. Le docteur, très pâle, s’appuya au bordage.
— Quelle séance, murmura-t-il, abattu.
Cependant, nous nous préparons à rejoindre Julius Pingouin et le Rempart, car l’heure approche où ils doivent nous attendre.
Même jour, 4 heures 1/2. — Je viens de rentrer à bord dans la petite chaloupe pour surveiller l’arrivage des vivres.
Pendant ce temps, le Rempart doit être en train de boxer. Il lui est arrivé une drôle d’aventure. Ce matin, comme il se promenait sur le port avec Pingouin, il a été rencontré par un reporter du grand journal américain Little Frog, qui l’a pris pour le fameux boxeur Duck que l’on attendait justement ici. Pingouin a vu tout de suite l’avantage qu’on en pouvait tirer pour notre sécurité complète et il a dit au Rempart de laisser aller l’erreur et de jouer le rôle du boxeur. Notre ami a tout ce qu’il faut pour cela. L’américain, enchanté de l’avoir trouvé le premier, l’a interviewé sur-le-champ. Le Rempart, qui ne sait pas un mot d’anglais, répondait par gestes à tort et à travers. Pingouin expliquait qu’il avait une extinction de voix et parlait pour lui quand il le fallait. Le journaliste a emmené le champion déjeuner avec lui, ne voulant pas le lâcher d’une semelle de peur qu’on ne le lui ravisse.
Un match a été organisé immédiatement, pour ce tantôt, Pingouin ayant déclaré que l’honorable Duck avait des affaires l’obligeant à partir demain matin.
Au moment même où j’écris ces lignes, le Rempart boxe. Je ne voudrais pas être à la place de ses adversaires.