Ce matin, vers onze heures et demie, nous avons été rejoindre Pingouin à terre. — Sont restés : Cristallin, qui a dit que ça le dégoûtait de marcher, et le pauvre cuisinier qui était trop malade. J’avoue que ça m’a fait plaisir, pour une fois, de déjeuner sur une table immobile.
Après, nous avons fait nos derniers achats et je suis revenu pour surveiller, laissant Pingouin, le docteur et Zoé, assister aux exploits du Rempart. Il paraît qu’il y a déjà six cent mille francs d’engagés sur lui, rien que pour sa prestance, car on l’a exhibé à moitié nu. C’est flatteur.
Quand les magots qui amènent nos ravitaillements en auront fini, je retournerai à terre rejoindre le capitaine.
J’espère que nous pourrons partir demain matin.
16 décembre. — Nous sommes en mer de nouveau. Notre séjour d’une journée dans le Port International aura été plutôt accidenté.
D’abord, quand j’ai quitté le navire, vers sept heures, Flaum a voulu m’accompagner. Il semblait dans un état voisin de l’agonie. Une fois en présence de Pingouin, qui nous attendait sur le port, il lui dit d’une voix faible :
— Monsié le Gabidaine, je suis balade à bourir, j’ai eu à beine la vorce de fenir jusqu’ici, dans la pargue. Je peux plus rebardir avec fous. Che peux blus vaire mon zervice et je fous emparrasse. J’ai peaugoup de beine, gar moi aussi chaurais foulu droufer le Doison t’Or et fous agombagner ; mais je beux bas. J’aime bieux bourir izi. Je suis vadigué de zouvrir.
— Je crois que cela vaudra mieux, dit Pingouin, ému. Je le regrette, vous êtes un brave homme et vous nous manquerez beaucoup.
Il le prit à part :