25 décembre. — Nous nous enfonçons toujours davantage dans cette mer inexplorée sans rencontrer les habituels obstacles que nos devanciers prétendent avoir trouvés. Le temps est beau mais se rafraîchit vers le soir. C’est Noël aujourd’hui et je me rappelle les Noëls de ma petite enfance et cela m’émeut, car voilà bien des années que je n’avais pensé à des choses de ce genre.


26 décembre. — Mer calme et glauque. Beaucoup d’oiseaux, ce qui semble indiquer la proximité d’une terre. Nulle côte à l’horizon.


27 décembre. — Nous avons passé, cette nuit, en vue d’un grand volcan couronné d’un panache rougeâtre. Ce doit être le Terror, dont l’existence, signalée par quelques navigateurs, a été fortement contestée. Nulle expédition n’a pu s’avancer plus avant, ou du moins n’a pu revenir pour le dire. L’endroit, du reste, est effroyablement dangereux par ses récifs, entre lesquels l’Argonaute évolue avec difficulté. Les passages sont si étroits, la mer si violente, que c’est un miracle de tous les instants que nous ne soyons pas brisés et engloutis.

Julius Pingouin est à la barre et, autour de nous, hurlent des vagues puissamment hautes et écumeuses.


28 décembre. — Nous sommes sortis des récifs et nous avançons dans une mer tranquille et sombre, sous un ciel pluvieux. Le docteur a été saisi, ce matin, par un léger retour de fièvre, mais cela n’a eu ni durée, ni gravité.