22 décembre. — Hier, vers le soir, nous avons tous été saisis d’un accès d’une fièvre bizarre engendrée, dit le docteur, par les poux volants qui, maintenant, sont à peu près tous morts. Chez quelques-uns d’entre nous, l’atteinte du mal a été légère ; mais Cristallin et trois des nègres ont beaucoup souffert pendant près de deux heures avec vomissements, délire et perte de connaissance. Le docteur s’est montré d’un grand dévouement jusqu’à ce qu’il soit atteint lui-même, et cela avec tant de violence que nous craignîmes pour sa vie.
Même jour, 11 heures. — L’accès nous a repris ce matin avec une terrible énergie pour quelques-uns d’entre nous. Ont été pris très gravement : Cristallin et deux des nègres. Le docteur et le troisième nègre vont bien mieux au contraire et peuvent marcher. Pingouin, le Rempart, moi et le quatrième nègre, après avoir encore légèrement souffert, sommes maintenant dans un état supportable, sinon tout à fait normal.
Même jour, 4 heures. — L’un des nègres vient de mourir. On l’a jeté immédiatement à la mer. Un de ses camarades ne vaut guère mieux et Cristallin est à peu près sans connaissance. Le docteur, faible encore et grelottant, se montre très inquiet de cette maladie étrange. Toutes les expéditions qui, avant nous, se sont aventurées jusqu’ici, ont été frappées par cette terrible épidémie engendrée par les mêmes causes, et se sont trouvées décimées. Quelques-unes ont été totalement détruites. Les requins, qui ont dévoré le premier nègre, suivent l’Argonaute, dans l’espoir de nouvelles pâtures.
Voilà que le ciel se montre singulièrement cuivré. Vers l’horizon, dans l’atmosphère calme, des brumes montent en tourbillons spiralés et tout fait prévoir un coup de vent. Nous ne sommes que quatre pour lutter contre la tempête qui menace.
23 décembre. — Le coup de vent n’a pas eu la gravité que nous craignions. La nuit, cependant, a manqué de sécurité ; mais enfin, nous avons pu nous maintenir sans avaries graves et le danger est passé. Vers deux heures, est mort subitement celui des nègres qui semblait rétabli. Son camarade au contraire est tout à fait hors de danger ainsi que Cristallin qui a pu se lever et marcher. Le docteur est bien, quoique souffrant encore de douleurs aiguës.
24 décembre. — La température est douce. Une brise légère nous pousse dans notre direction. Nous avons déployé les voiles et elles aident puissamment à la marche du navire. Nous filons au moins quinze nœuds, ce qui est considérable. Les malades sont tout à fait rétablis et l’état moral est satisfaisant.