— Çà, c’est un peu trop fort, disait-il. Où est l’explication ? Qu’on me la donne, si quelqu’un l’a ! Je veux comprendre ! Que nous l’ayons vu, c’est signe que nous avons de bons yeux, très bien. Mais qu’il s’en aille ainsi, sans prendre congé, voilà qui passe mon intelligence ! J’ai vu bien des choses étonnantes, et je les ai toujours comprises logiquement… Mais celle-là ?… ah ! non, non ! elle est un peu trop forte !… Un peu plus forte encore que notre expédition… Vieil imbécile, va, à ton âge !… pourquoi n’es-tu pas resté tranquille, au coin de ton feu. Rien ne vaut un bon dîner, un bon lit et une jolie femme… La science, c’est de la blague ! les découvertes, c’est de la blague ! la Toison d’Or, c’est de la blague !…
— Il est fou, me dit Pingouin dans l’oreille d’une voix si basse que je l’entendis à peine.
— Pas fou du tout ! hurla le docteur. Guéri bien plutôt, de la maladie que nous avons tous, et qui en a fait crever tant, des camarades… Ha !… Ha !… Ha !… L’Homme en Jaune, et Joseph, et Bouture assassiné, et le pasteur, et les douaniers, et tous les autres, tous pour toi… Ils y sont tous, je te dis, dans le sillage, dans les nuages, dans le vent. Écoute-les t’appeler, capitaine Pingouin. Donne-leur ton âme en fer, va ! ça vaudra mieux !… Non, j’irai à ta place. Je suis un héros, moi aussi !…
Il extravaguait furieusement. Nous le fîmes descendre et enfin il dormit. Maintenant, j’écris ceci et bientôt je vais aller remplacer Pingouin à la barre et revoir l’Homme en Jaune qui est revenu.
31 décembre. — Pendant des heures, je suis demeuré à la barre, avec cette figure étonnante, qui restait tranquille à l’avant.
Ce matin, le docteur semblait plus calme ; mais aussitôt qu’il parla, nous vîmes que sa raison était partie pour toujours.
Notre voyage continue sans périls matériels. Le temps est doux ; mais le ciel est exceptionnellement nuageux.
Même jour, le soir. — Vers la nuit, l’Homme en Jaune revint. Nous l’attendions, si je puis dire.