— Il faut le laisser tranquille, avait dit Pingouin, et aller de son côté le moins possible.
Le docteur, malgré tous nos efforts, alla s’asseoir à côté de la figure à l’avant et il lui parlait familièrement. L’autre ne bougeait pas et fumait.
L’odeur de son tabac nous était apportée par le vent léger.
— Rends-la-moi, disait le docteur, avec insistance, en parlant de quelque chose d’inconnu… Qu’est-ce que tu veux en faire ? Voyons ? Tu ne peux pas t’en servir là-bas, rends-la-moi. Sois bon garçon, rends-la-moi. Tu sais bien qu’ils ont besoin de moi, ici, et que, sans elle, rien ne va… Je te la remettrai après, je te le promets… Quand ils auront été au bout et qu’ils pourront se passer de moi. Quand on est au bout, on s’arrête et on revient ; tu me retrouveras à ce moment-là… C’est quelques jours de crédit, tu peux me rendre ce petit service… Ne sois pas si exigeant… Pense donc combien c’est pénible de ne plus l’avoir avec moi, je m’y étais habitué, il y a si longtemps que je l’avais à mon service… Tu sais bien…
Il baissa la voix et nous n’entendîmes plus. Ainsi, il parlait à cette apparence, qui n’avait rien de terrestre, je pense, et qui ne voulait pas se laisser convaincre.
Au bout d’un long temps, le docteur revint vers nous, laissant l’autre.
— J’ai fait tout ce que j’ai pu pour la ravoir, dit-il, sans expliquer de quoi il parlait, mais il ne veut rien entendre. Il a une tête en bois, ce n’est pas de ma faute. — Il baissa la voix. — Demain je me préparerai d’avance… et j’aurai ce qu’il faut pour lui donner à réfléchir…
1er janvier. — Rien de particulier. Le bateau va bien.
Le docteur a passé une partie de la journée enfermé dans sa cabine. Il semble beaucoup plus maître de lui. Il nous a dit, d’un ton très raisonnable, qu’il se sentait un peu malade et énervé, mais que c’était un reste de fièvre et qu’il préparait une potion à prendre le soir afin de se soulager.