2 janvier. — Je viens de m’apercevoir que, depuis hier, nous sommes dans une année nouvelle. Je n’y avais pas fait attention et, après tout, cela n’a aucune importance. Le monde des hommes n’existe plus pour nous ; ma foi on s’en passe facilement…

Nous voici réduits à quatre par la fin du docteur.

Nos deux nègres commencent, il est vrai, à nous rendre beaucoup de services. Ils sont intelligents et, maintenant, peuvent à peu près nous comprendre et même bégayer quelques mots. Pour plus de commodité, le chauffeur-mécanicien Cristallin, avec qui ils servent à tour de rôle, leur a donné des noms : Bergami, pour l’un, et Frise-Poulet, pour l’autre. Impossible de savoir pourquoi il a choisi ceux-là, par exemple.


3 janvier. — Depuis hier, nous sommes engagés dans un détroit bizarre, entièrement resserré entre deux hautes murailles de pierre rouge, et si tortueux, que l’on ne peut voir à plus de cent mètres en avant et en arrière. Les roches sont effroyables, nues et sinistres. Entre elles, le flot tourbillonne.

En haut des murailles, repose un nuage épais qui nous cache le ciel et à travers lequel il nous semble parfois entrevoir de petites figures vivantes se pencher pour nous observer ; mais ce n’est peut-être qu’une illusion.

Il fait un froid assez vif, dans ces bas-fonds, où le soleil ne descend jamais et un cruel malaise nous fait désirer de revoir bientôt la mer libre.


4 janvier, 5 heures du matin. — La nuit a été, est encore si intensément sombre, que nous n’avancions qu’avec la plus grande prudence dans ce passage inconnu, entre ces remparts funestes qui nous ont accompagnés jusqu’à quatre heures du matin. Nous reconnûmes alors que, de nouveau, nous étions en pleine mer.

L’obscurité est toujours aussi complète, mais le danger est à peu près dissipé.