— Nous avons marché de nuit, malgré le péril, me dit Pingouin, parce que, à l’orifice de ce détroit, existe un terrible tourbillon, plus puissant, dix fois, que le maelström norwégien et que l’on ne peut franchir, vu les mouvements de la marée, qu’à l’heure précise où nous avons passé.
— Comment savez-vous cela, capitaine ? lui demandai-je, étonné.
— Je le sais, dit-il, et il descendit.
Cela se trouve probablement sur le plan. Sans ce document miraculeux et sans la puissance et la direction de Pingouin, nulle expédition du monde ne pourrait songer à faire ce que nous avons fait.
Et je suis fier, même si je dois mourir sans pouvoir arriver jusqu’à la Toison d’Or, d’avoir accompli de si grandes choses.
Même jour, 10 heures du matin. — Tout à coup, vers six heures, les ténèbres s’évanouirent et firent place à la clarté totale du jour. Nous étions, et nous sommes encore, dans un paysage marin vraiment singulier. La mer est, uniformément, rose saumon et le ciel, partout, vert pomme. Il n’y a ni soleil, ni nuage ; mais de tous côtés, la même lumière verte et crue.
— Tiens, all’est rigolo, c’te mer, déclara le Rempart.
— Elle est ridicule, dis-je, mécontent.
— Elle me fait peur, dit Cristallin, et il descendit vers sa machine.