— Il n’y a plus de charbon, dit-il, il n’y a plus de bois, bientôt il n’y aura plus de navire. Faut s’arrêter… Moi, j’en ai assez…
— Du courage, dit Pingouin, tout va bien, nous sommes dans la route…
— C’est trop tard, il n’y a plus rien, répondit le vieux chauffeur… Faut s’arrêter… Moi j’en ai assez…
Et il s’assit sur le pont, mettant sa tête dans ses mains.
Je lui pris le bras, mais son corps se renversa lourdement de côté et m’échappa. Nous reconnûmes que son âme l’avait quitté.
Nous ne pouvions rester sur l’Argonaute. On mit à l’eau la grande chaloupe qui n’avait pas trop souffert et qui fut chargée de tout ce qu’on pouvait emporter d’utile. Je pris avec moi le présent Livre de Bord. Nous mîmes le feu au vieux navire et nous le quittâmes. Julius Pingouin fut le dernier et, comme il descendait dans la chaloupe, je vis sur sa figure une sorte de désespoir.
L’Argonaute brûlait, éclairant avec des lueurs rougeâtres notre chemin dans les ténèbres.
Julius Pingouin nous dit :
— C’est maintenant qu’il faut avoir un cœur fort. De ceux qui sont partis, nous restons trois seulement… Nous devons arriver au but. Si nous mourons avant, très bien. Je ne regrette pas ce que j’ai fait. Je crois que vous pensez de même… Quel que soit le résultat, nous avons accompli ce que nul homme n’a accompli.
— Si on jetait une bouteille à la mer avec des notes ? dis-je.